Devant moi... Au fil du temps

Des petits riens, des instants de vie pris sur le vif, des émotions dans tous leurs états…

13 mars 2009

La lettre du futur ~ Dernier épisode

Je ne devrais peut-être pas…

C’est toute l’ambiguïté de cette expérience ; quelle que soit ta réaction, elle aura forcément un impact sur mon futur, aussi minime soit-il… Alors, tu dois savoir que je vis une vie qui me semble heureuse auprès d’un homme que j’aime et qui m’aime passionnément. Le destin l’a mis sur ma route il y a huit ans alors que je terminais mes études. Nous ne nous sommes plus jamais quittés et je risquerai de… Non, non, je préfère me dire que si cet homme m’est réellement destiné, il saura me retrouver même si l’avenir s’en trouve un peu bouleversé… & sinon, n’en connaissant pas l’existence, je ne pourrais donc pas le regretter…

Je dois penser à nous & si cela peut nous permettre de nous retrouver dans le futur, alors cela vaut le coup… Cela vaut le coup parce que de nous, il n’en reste plus rien. Notre unité s’est écroulée quelques temps après ta disparition. Tout le monde en a souffert, souvent en silence… Parfois en éclats… Trop souvent.

Je suis selon moi, la seule qui ait su s’en sortir au mieux, de part ma force de caractère et de part le fait où tu es partie à un moment de ma vie où je cherchai à construire mon indépendance, à prendre plus d’assurance en moi, à avoir plus d’autonomie dans mes faits et gestes… Je ne dis que cela a été facile car il y a eu de nombreux jours teintés de noir, de tensions et de clashs avec papa comme tu peux t’en le douter… Mais j’ai surmonté et affronté toutes ces tempêtes ; mon seul objectif était de réussir ma vie quel qu’en soit le prix… Sauf celui de laisser p’tit frère de côté, & que j’aide encore.

Il a été très perturbé par ton départ, il t’aimait tant, il avait tant besoin de toi… A dix ans, un garçon est encore dans les jupons de sa mère. C’est bien plus tard qu’il prend ses distances sans réellement la quitter pour autant… Il y a eu des jours terribles entre lui et papa, à un point où il a souvent fallu que je m’interpose pour calmer le jeu, faire tampon… Comme toi tu l’aurais fait. Il ne s’en est jamais réellement remis de ton absence, même encore aujourd’hui il peine à s’affirmer & avancer dans sa vie. Il vit au jour le jour, seul et sans but précis…

Papa, lui…

En fait je n’ai plus de contact avec lui, ou plutôt on a plus de contact avec lui p’tit frère et moi. Je pense à lui quelque fois, mais je n’ose le contacter alors que si cela se trouve il n’attends que çà, mais ne fera jamais le premier pas par fierté… déplacée…

Il est resté longtemps à souffrir dans son coin, à pleurer même s’il ne le montrait pas… Il y a des attitudes qu’une jeune femme sait traduire. Il y a des sons qui dans le silence de la nuit transpercent les murs même les plus épais.

Il a mis plusieurs années avant de se décider à fréquenter quelqu’un d’autre, puis envisager de te remplacer… Il y  a eu des femmes très agréables avec qui nous aurions pu, p’tit frère et moi réussir à nous entendre et peu à peu accepter… & puis il y a eu celle qui s’est imposée à nous, celle qui a fait tourner la tête à papa par je ne sais quel stratagème…

Sa beauté, sa jeunesse… Son assurance, peut-être…

Elle l’a manipulé, elle a joué avec lui… Abusé de lui, l’a trompé… & il ne voyait rien… Où ne voulait rien voir… Elle a réussi elle le monter contre nous lorsque que nous avons tenté de lui ouvrir les yeux… Tout s’est effondré ensuite… Notre union tenait à un fil qu’elle a su briser.

Je suis partie, emmenant p’tit frère avec moi…

Je ne sais à l’heure actuelle s’il est toujours avec elle. J’en doute, ce n’est pas le genre de fille à rêver son avenir auprès d’un homme qui ne la distrairait plus. Il doit être seul, comme il avait dit lors d’une colère, il finirait seul, comme un vieux con…

Bel avenir maman, tu ne crois pas ? L’avais tu envisagé ainsi ? Absente coupable ?

Que te dire de plus ?

Que je ne te juge pas, que je ne t’accuse de rien… & que je ne t’en veux pas. Que je t’aime & que j’aimerai pouvoir voir défiler les années auprès de toi, auprès de nous tous encore un peu plus longtemps.

Ta minette

°oOo°

Si je me fais rare ici, souvent absente, si rue des blogs je me promène de moins en moins, ce n’est pas que je cherche à vous fuir, ce n’est pas non plus que je vous oublie…

C’est la vie, c’est ma vie… Où mon futur ne peut se vivre sans moi.

Vous comprendrez…

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07 mars 2009

La lettre du futur ~ Episode 2

L'épisode précédent se découvre ici.

°oOo°

Ma chère maman

La lecture de cette lettre va très certainement t'étonner mais il m'est donné aujourd'hui, la possibilité d'entrer en contact avec le passé. Mon passé sans qu’il soit le nôtre…

Ce message appartient à une autre dimension, un futur où les progrès de la science, bien que cela soit encore mal maitrisé et juste à un stade expérimental, permettent de traverser l'espace temps. Après bien des tentatives, toutes échouées, il semblerait cette voici, que cela soit une réussite.

Il a été décidé par le consortium des Sages, que cela se fasse uniquement sous la forme d’un courrier afin de limiter les impacts sur le cours de la vie, d’éviter toutes dérives ou brutales perturbations sur notre avenir.

Mon courrier t’est envoyé comme une bouteille à l’eau, pour te prévenir, t’amener à réfléchir… & toi seule décidera de la nécessité d'agir ou pas. Je ne peux bien sûr, te donner aucune preuve des propos que je t'écris, je compte juste sur la confiance que tu as su m'accorder auparavant.

Nous sommes en 2025. Je viens de fêter avec mon époux et mes deux enfants mes trente ans. & oui, dans mon futur tu aurais pu être la grand-mère d’un petit garçon de deux ans et d'une adorable petite fille de trois mois. Tu aurais pu, tu ne l’as pas été…

Tu aurais pu fêter tes soixante ans avec nous si tu étais resté, mais tu es parti avant, bien avant…

Il y a maintenant seize ans…

Tu dois être entrain de calculer ; ton esprit est tellement embrouillé que tu n’y arrives plus. C’est cette année, c’est en 2009 que tu es partie. En fait ce sera dans quelques mois pour toi…

C’est terrible de l’apprendre, n’est-ce pas ?

Mais çà a été effroyable pour nous lorsque c’est arrivé. Personne ne s’y attendait. On ne s’y attend rarement d'ailleurs, surtout lorsque rien ne laisse le présager.

Non, je te rassure, si toute fois cela peut être rassurant, tu n’es pas malade. Tu n’as aucune maladie grave ou incurable. Tu peux donc vivre ton futur, ou plutôt tu pourras le vivre si tu le décides. Si tu acceptes de te remettre en cause, de changer le rythme de vie que tu t’es imposé, sans compter, sans faire attention ni à toi, ni à nous, ni aux autres.

Tu veux tout faire, trop faire !

Entre ton travail qui absorbe une grande partie de ton énergie et qui empiète de plus en plus sur ta vie privée, les tâches ménagères quotidiennes auxquelles je participe de mon mieux, mais qui selon toi, ne sont jamais faites comme tu le souhaites alors tu les refais… Ton temps libre s’étiole de plus en plus. Malgré tout, tu veux défier les lois du temps, comme le funambule celles de l’apesanteur. Tu souhaiterais écrire un peu plus, participer plus souvent aux consignes d’écriture proposées sur les blogs que tu lis, reprendre les cours de gym, le step & compagnie que tu avais commencés il y a quelques années, parce qu’il ne faut pas se laisser aller, parce que les deux malheurs kilos qui se sont dessinés sur tes hanches, tes fesses et ton ventre sans s’effacer, t’angoissent… Depuis quelques semaines, tu t’investis dans la photo… Nouvelles passions… Tu voudrais faire un stage, pour apprendre…

Submergée par tant de contraintes, tu te noies dans l’océans des obligations que tu te crées. Tu t’essouffles, la source de ton inspiration se tarie, s’assèchent. Tu as l’impression de stagner, tu n’y arrives plus, tu doutes. Tu veilles tard même en semaine, t'émiettes ton sommeil… Tu deviens irritable, tu es fatiguée, épuisée… Tout le temps…

ATTENTION DANGER !

STOP !

ARRÊTE TOUT !

Prends le temps de vivre maman, SIMPLEMENT vivre.


Arrête de courir après le temps, regardes le s’écouler doucement, savoure ces instants de bonheurs qui te seront volés autrement.

Tu veux que je te décrive ce qui nous attend sans toi, après ?

°oOo°

A suivre…

Promis, j'essaye d'écrire la suite plus rapidement…

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25 février 2009

La lettre du futur ~ Episode 1

Après la lettre du passé, s'est au tour à la lettre du futur, une idée d'écriture proposée par Enriqueta chez Les Equipières, dans le Jeu Mystério de Février, "La lettre du futur"

Vous recevez, d'une façon à définir, une lettre datée du 25 Février 2025. Que vous dit cette lettre ? De qui émane-t-elle ? Connaissez-vous cette personne ? Fait-elle déjà parti de votre vie ? Quelle influence cette lettre aura-t-elle sur votre vie?

°oOo°

Un petit groupe de trois quatre badauds  s’est rassemblé autour du corps inanimé sur la route d'une jeune femme ; tout laisse à pensé qu'elle ait été renversée par un automobiliste…

- Poussez-vous, laisser là respirer ! (Badaud 1)

- Les secours ont été appelés ? Quelqu’un à appeler les pompiers ? (Badaud 2)

- Oui, oui… J’suis en ligne avec eux… Ils vont arriver. (Badaud 3)

- Elle respire ? (Badaud 4)

- Vous ne pouviez pas faire attention ! Allez moins vite ! (Badaud 1)

- Elle a un pouls ? (Badaud 4)

- Mais je ne roulais pas vite ! & j’ai freiné avant ! Je ne l’ai pas touchée, ça j'en suis sûr ! Elle est tombée devant moi… Je ne l’ai pas touchée j’vous dit… J’l’ai pas touchée… Elle est tombée, là, toute seule… (Automobiliste)

- On pourrait peut-être essayer de la ranimer… Elle est peut-être juste évanouie ? (Badaud 4)

- Non, surtout pas ! Faut jamais toucher une victime d’un accident de la route ! (Badaud 1)

- Non, non, j’l’ai pas touchée, j’l’ai pas renversée… Elle est tombée… (Automobiliste)

- Ah, les pompiers arrivent, j’entends la sirène… (Badaud 2)

- Allez, éloignez-vous. S'il vous plait, laissez-nous faire notre travail ! Caporal, faites partir tout ces gens.

- Oui chef.

Pendant que les secours établissent leur bilan, la police arrivée entre temps, interroge les passants et l’automobiliste.
La jeune femme au sol n’a pas repris connaissance ; les secours s’apprêtent à la transporter aux urgences, tandis que la police embarque l’automobiliste qui ne cesse de clamer son innocence.

Une dizaine de minute plus tard les pompiers, la police et les badauds ont disparu. La ville, la rue reprennent leur court habituel, comme s’il ne s’était rien passé.

Je me réveille dans une chambre blanche et austère ; je suis allongée sur le lit d’hôpital de cette pièce sans vie. J’entends le ronron des appareils électroniques branchés tout autour de moi et leurs bips réguliers, incessants. Ils m’ont réveillé.

Une infirmière rentre, s’approche de moi. Elle regarde chaque appareil puis me regarde, un sourire aux lèvres.

- Ah mais en voilà en bonne nouvelle… Vous êtes enfin revenue à vous. Comment vous sentez-vous ?

- Pas terrible… Je suis très fatiguée…

- C'est normal, ne vous inquiétez pas. Le docteur viendra vous parlez tout à l’heure. Et puis maintenant, on va pouvoir prévenir votre mari que vous vous êtes réveillée. Il pourra venir vous voir mais pas avant cet après midi. En attendant, vous devez vous reposer.

- Ça fait combien de temps que je suis ici ?

- Vous avez été admise il y a trois jours. Je reviendrai plus tard…

Le temps s’est écoulé, j’ai dû dormir sans même m'en rendre compte. Au moment où j'ouvre à nouveau les yeux, le soleil passe au travers des voilages de la pièce et vient réchauffer mon visage. L'instant suivant, la porte de la chambre s’ouvre et dans son entrebâillement, j’aperçois mon mari, seul.

Nous passons un peu de temps ensemble, il semble inquiet mais ne me parle que du quotidien, de tout et de rien, des enfants, du rythme perturbé lié à mon absence… Qu'il va bien, que les enfants aussi vont bien… Que je leurs manque, que je lui manque aussi…

L'infirmière revient. La visite est terminée, il doit partir afin de ne pas trop me fatiguée. Avant de me laisser, il me donne des petites cartes faites par les enfants et accompagnées des petits mots doux de bon rétablissement, des message d'amour de leur part et une lettre qui m'était adressée en urgence & dont il ne connaissait pas la provenance…

°oOo°

A suivre…

Mais il faudra être patient, au moins jusqu'à la semaine prochaine, car cette suite justement est à peine écrite à ce jour.

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13 janvier 2009

Lettre du passé ~ Dernier épisode

Dernier épisode du jeu d'écriture Mystério, "La lettre du passé" proposé par Entiqueta -  L'épisode précédent est ici.


Etrangement je ne réagis pas à la lecture de cette lettre arrivée inexplicablement entre mes mains. Je suis incapable d’avoir une quelconque réaction : pas de pleurs, pas de colère, pas de révolte, ni de haine, pas de compassion, de ravissement, de stupeur ou de vertiges… Rien. Je suis comme paralysée.

Mon esprit a abandonnée mon corps, cette enveloppe terrestre qui l’habillait jusqu’à présent, et ne souhaite pas le réintégrer. Il ère en silence dans la pièce, passe au-dessus de mon corps affalé dans le fauteuil aux cousins oranges, se trouvant prêt de la cheminée où crépite un feu de bois aux flammes hypnotisantes.

C’est le grincement de la porte qui vient troubler à nouveau le silence dans lequel la maison est plongée. Mon esprit, surpris sursaute mais reste toujours distant de mon corps, comme s’il l’était inconnu. Un homme entre doucement dans la maison. Il tient dans ses mains un lourd attaché caisse qu’il dépose à ses pieds. Son manteau est couvert de neige. Il est trempé. Son visage, plutôt jeune est rougi par le froid. Ses chaussures et le bas de son pantalon sont couverts de neige.

Lentement, il s’approche du feu pour se réchauffer. Il passe doucement devant mon corps, en pensant qu’il dort, afin de ne pas le réveiller. Mon esprit s’est approché aussi et tournoi autour de l’homme. Il l’examine comme s’il était une bête curieuse puis s’éloigne brusquement lorsque l’homme s'avance d’un pas vers mon corps, dépose sa main sur son épaule.

- Mademoiselle… Mademoiselle…

Pas de réponse. L’homme lève légèrement la voie.

- Mademoiselle… Mademoiselle… Réveillez-vous mademoiselle !

L’homme s'affole, secoue mon corps inerte. Il crie, gifle mon visage à plusieurs reprises espérant une réaction.

Mon esprit le regarde s’agiter autour de mon corps, lorsque soudainement, il se sent happé, aspiré par mon corps. Instantanément, il le regagne. Je le sens peu à peu reprendre vie. Mon sang chaud circule dans chacun de mes veines et vaisseaux glacés. J’ouvre péniblement les yeux. Mon regard est brouillé. Je distingue le visage d’un homme, j’entends sa voie inquiète ; il semble me parler mais je ne comprends rien. J’ai une atroce migraine. Je voudrais m’endormir, me reposer, oublier ces douleurs, mais il ne veut pas. Il me secoue pour m’empêcher de sombrer…

- Rester avec moi mademoiselle, ne vous endormez pas ! Vous m’entendez ? Répondez-moi ! Vous ne devez pas dormir !

Je permets connaissance. Je vois le visage de ma mère, une seconde ou plus, qu’importe. Elle me sourit, me fait un signe de la tête comme pour acquiescer en silence un choix, le bon choix. Celui qu’elle approuve, celui qui la rendrait heureuse. Elle me regarde une dernière fois, m’envoie un baiser puis disparaît.

L’homme m’a attrapée dans ses bras et portée jusqu’à l’extérieur de la maison. L’air est glacé. Je grelotte. Il me repose au sol où j’arrive à peine à tenir debout, il me couvre de son manteau, me frictionne, me serre contre lui.

Je suis contre sa poitrine. J’entends les battements de son cœur ; curieusement et malgré les évènements, ils sont calmes. Ils me jouent une douce sérénade. Son parfum aux fragrances boisées mêlées d’autres plus sucrées, m’envoute. Je lève la tête et croisse son regard vert émeraude.

- Je vais vous emmener à l’hôpital, c’est plus sur. Le chauffage a du dégager du monoxyde, il faut faire des examens.

Affaiblie ou sous le charme, je ne dis rien. Peut-être que je pourrai le suivre n’importe où…

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11 janvier 2009

Lettre du passé ~ Episode 5

Suite du jeu d'écriture Mystério, "La lettre du passé" proposé par Entiqueta -  L'épisode précédent est ici.


Ma chère petite princesse du bonheur,

Comme tu vas me manquée, comme ton absence me sera difficile à supporter, impossible à combler. Combien de fois vais-je regretter, avoir des remords de ne pas t'avoir emmenée avec moi. Comme tu vas me maudire de t'avoir abandonnée dans cette vie, avec lui, avec eux, seule parmi tous, seule sans moi pour veiller sur toi…

Mais je n'ai pas d'autres choix ma petite princesse du bonheur. Ma vie m'est devenue trop douloureuse, insupportable… Mon existence n'a plus raison d'être… Malgré ta douce présence quotidienne auprès de moi… Tu es là, tu es tout pour moi, mon rayon de soleil dans cette vie sans intérêt, fade et insignifiante. Je n’ai plus la foi. Je n’ai plus le courage, ni la force de combattre comme je l’ai fait depuis le premier jour, lors de ta venue au monde. Ton regard, si lumineux, illuminait un peu plus chacun de mes jours, ton sourire emplit d'innocence m’apportait le réconfort dont j’avais tant besoin, tu m’avais redonné l’espoir. Et puis, plus les années passent, plus le découragement m’accable, le désespoir m’envahit. Je te vois grandir, inconsciemment t’éloigner, partir… Bientôt l’énergie que ta présence m’apporte, va se tarir.

N’as-tu jamais ressenti ce vide dans ta vie ?

N’as-tu jamais connu ce manque inexplicable pour lequel on ne sait plus que faire afin qu’il disparaisse ?

Je ne pourrai le supporter une seconde fois. Je préfère partir pour un ailleurs, supposé meilleur. Y retrouver là bas, le bonheur, la douceur, les splendeurs d’une existence sans heur, intense, immense. Dans cette immensité, je n’ai pas le droit de t’emmener, pas le droit de t’enlever…

Ne me maudis pas, ne laisse pas la haine habiter ton esprit… Je t'en supplie ma petite princesse.

Sache que je t’accompagnerai toujours. Ce lien d’amour, de complicité qui nous a unis durant ces dix années ne s'étiolera jamais, malgré la séparation, l’absence et les distances.

Tu le sais n’est-ce pas ?

Tu l’as continuellement ressenti. Comme moi tu l’as toujours su. Rien ne nous séparera, pas même la vie. Et c’est la mort qui nous réunira un court moment. Lorsque tu auras entre tes mains cette lettre, ton père ne sera plus et il n’y aura plus d’obstacle entre nous… Nous serons à nouveau réuni, un instant, un court instant, mais un instant de plus à partager ensemble. Juste le temps de te confier mon secret, ce secret qui n’aurait pas dû en être un si… Si j’avais su écouter une autre voix que celle de la sagesse et de la soumission. Le remord hante mes jours et mes nuits, tous ces jours perdus où je suis restée près de lui, tout en te préservant de lui, ton père, l'indésirable.

Ce lien, que j’évoquais et qui nous unissait, qui nous unit je pense encore maintenant malgré le temps, c’est l’amour. L’amour le plus pur, le plus intense qu’il soit donné de vivre. Il nous a réuni, cet homme et moi… Il est en toi depuis ta naissance.

Ma sœur l’avait compris. Elle l’avait deviné. Elle avait su le lire dans mes yeux lorsque j’avais fait sa connaissance, chez elle. J’étais déjà fiancée à l’époque. Elle a su le préserver de la calomnie. Elle m’a aider, elle nous a aidé à fuir, à nous enfuir vers un ailleurs où nous pourrions vivre enfin, ensemble, lui et moi. Lui qui n’a pu te prendre dans ces bras que tout à l'heure lorsque tu es venue nous rejoindre près du lac ; j’ai failli renoncer une nouvelle fois à tout
Le jour de notre départ pour toujours…

J’espère que tu comprendras. J’espère que cette découverte ne sera pas le point de rupture, que cette vérité mise au grand jour ne brisera pas le lien qui nous a unis jusqu’à présent. J’espère que tu ne vas pas me haïr, te dire que je t’ai égoïstement abandonnée, lâchement…

Tu es le fruit de l’amour, tu dois le rester. Il ne faut pas que tu puisses subir le délabrement de mon âme, voir la dépression devenir l’amie envahissante de ma vie et surtout de la tienne, affronter mes humeurs de schizophrène en mutation. L’amour se doit d'être préserver de cette déchéance mentale qui me guette et je sais qu’il le sera auprès de ma sœur, qu’elle veillera sur toi aussi bien que je ne l’aurait fait, sinon mieux, elle et son mari lorsque je serai plus là. Elle me l'a promis.

Je dois partir maintenant. L’avenir auprès de l’homme que j’aime m’attend, le tien aussi. Tu ne le sais pas encore mais il le sera, il viendra lorsqu’il sera temps. Ouvre ton cœur à cet instant. Ne fais pas comme moi. N’écoute pas la voix de la raison, écoute seulement celle de la passion.

Je t’aime, je ne t’oublierai jamais ma chère petite princesse du bonheur.

Ta mère meurtrie par le chagrin de devoir te laisser.


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08 janvier 2009

Lettre du passé ~ Episode 4

Sur une idée d'Enriqueta pour le jeu d'écriture Mystério, "La lettre du passé" -  L'épisode précédent est ici.


Il y avait un lac à quelques mètres de la maison. J’allais souvent m’y baigner l’été avec ma mère, on y passait tout l’après-midi pendant les vacances. Elle aimait s’y reposer, ne rien y faire de particulier, lire, écrire… Rêver. Je la regardais se perdre dans ses songes, les yeux dans le ciel, dans ses nuages, dans cet ailleurs, au loin, si loin de moi me semblait-il parfois. De temps en temps un sourire illuminait son visage. Je lui demandais pourquoi elle souriait mais elle ne me répondait pas, ou alors me disait que c’était des souvenirs qui lui revenaient à l’esprit, des personnes qu’elle aimait, auxquelles elle pensait et cela l’enchantait, la rendait heureuse.

A la fin de l’après-midi, lorsqu’il était l’heure de s’en retourner ou lorsque mon père nous rejoignait, je voyais ses traits se tirer, son visage se crisper légèrement avant de feindre un comportement naturel. Le regret de devoir s’en aller, de retrouver le quotidien plutôt que de rester encore vagabonder dans l’air caresse, flâner avec le temps… Les jours de cet été passaient et je voyais de plus en plus le visage de ma mère rayonner lorsque nous étions là-bas puis se ternir lorsque l’heure du retour approchait. Les derniers jours, ceux d’avant sa disparition, la tristesse l’envahissait, elle se refermait, parlait moins, souriait peu. Elle me disait qu’elle était fatiguée ou souffrante. Elle s’excusait et me promettait que bientôt, elle irait mieux. De retour à la maison, elle ré endossait son rôle si bien joué d’épouse attentionnée, dévouée et de mère parfaite.

Un soir, le calme régnait dans la maison. Des bruits de craquement dans l’escalier m’avaient réveillés mais je n’avais pas osé me lever. J’avais peur du noir et la pile de ma lampe de poche ne fonctionnait plus. J’avais enfoncé ma tête sous les draps puis m’étais rendormie. Au petit matin, c’était la lumière du soleil traversant les volets de ma chambre qui m’avait réveillée. Il était plus tard que d’habitude et maman n’était pas venue me chercher. Le silence régnait dans la maison. Dans la chambre de mes parents, il n’y avait personne. Dans la cuisine, dans le séjour, personne non plus. La porte d’entrée était ouverte et je me rappelle très bien avoir constaté que le sac de ma mère était posé sur le sol, son trousseau de clés avec mon papillon en perle, traînait à côté ; il avait dû tomber. Dehors, sur la terrasse où l’on mangeait habituellement, il n’y avait toujours personne.

Inexplicablement, je me suis sentie attirée par le lac. J’entendais parler au loin, je me suis dirigée vers ces voix en courant. Sur le chemin, j’ai ralenti lorsqu’au sol j’ai vu une chaussure appartenant à ma mère. Quelques pas plus loin, la seconde. J’ai continué à avancer en direction du lac puis j’ai trouvé le chemisier fleuri que ma mère portait la veille. Je l’ai ramassé et je l’ai senti. Il avait son odeur, son parfum ; l’avoir contre moi me rassurait. Le serrant de toutes mes forces, j’ai continué à avancer un peu plus pour arriver devant un sac en toile. Je n’ai pas eu le temps de voir ce qu’il y avait dedans. J’étais au bord du lac et j’ai senti quelqu’un me mettre la main sur la bouche, m’attraper dans ses bras, puis courir.
C’était un homme, mais ce n’était pas mon père. Lui devait être au travail comme toujours. Il m’a dit de ne pas crier, que tout irait bien si je ne disais rien. Il m’a portée en courant pour m’éloigner de l’endroit où j’étais. J’ai refais le chemin à l’inverse dans ses bras et durant tout le trajet, il m’a dit des mots pour me rassurer.

Je n’ai pas crié. Je n’avais pas peur. Je me sentais en sécurité dans ses bras qui m’enveloppaient. Je n’ai pas parlé de la présence de cet homme à la police, même lorsqu’ils m’ont questionné. Jamais. Au plus profond de moi même j’étais persuadée qu’il ne pouvait pas être coupable de la disparition de ma mère. Des années après, j’en reste convaincue, sans savoir qui il pouvait être, ce qu’il faisait là ce jour là, ni même pourquoi. Je l’ai toujours su, ressenti et ce dès le premier instant, lorsque je me suis envolée dans ses bras ; il était là en ami dans le drame qui se déroulait autour de moi.

Arrivé tout près de la maison, il m’a reposé au sol en me disant de ne pas le regarder. Il m’a dit de rentrer chez moi sans me retourner. D’oublier ce qui venait de se passer. Je me souviens de sa voix grave et douce à la fois, mêlée à une certaine tristesse.

« Rentre chez toi petite princesse du bonheur » m’avait-il murmuré à l’oreille avant de m’embrasser dans le cou.

C’était aussi ainsi que m’appelait ma mère, j’étais sa petite princesse du bonheur. Comment pouvait-il le savoir s’il n’avait pas été un ami de ma mère ou quelqu’un qui la connaissait, quelqu'un à qui elle se confiait ?

Je suis restée seule à la maison toute la journée à jouer dans ma chambre et à attendre le retour de ma mère. Le soir venu, au moment où mon père est rentré de son travail, tout a changé, ma vie a basculé. Mon père a appelée la police. Ils ont lancés des recherches, dragué le lac, fouillées tous les coins et recoins de la forêt mais en vain. Ma mère avait disparue.

Je regarde l’enveloppe. Elle n’a aucune particularité. Elle est manuscrite mais je ne reconnais pas l’écriture. Elle n’a pas de date d’oblitération, ni de lieu. Je la décachette. J’en sors une lettre écrite sur un papier rose pastel...

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05 janvier 2009

Lettre du passé ~ Episode 3

Sur une idée d'Enriqueta pour le jeu d'écriture Mystério, "La lettre du passé" -  L'épisode précédent est ici.


Je reste debout, face à la maison de mon enfance et de mes souvenirs. Elle a bien vieilli. Les murs de pierre sont délabrés, fissurés. Les volets sont toujours bleus mais ont perdu de leur intensité, la peinture a craquelée à plusieurs endroits. Le temps a fait son œuvre, le manque d’entretien doit y être pour beaucoup aussi… Depuis combien de temps est-elle ainsi à l’abandon ?

Le toit est couvert de neige. Je me souviens de la dernière fois qu'il a neigé ici ou tout du moins la dernière fois où j’ai vu de la neige ici. C'était l’année où l'on a tous passé Noël ensemble, avec mes tantes et oncles, mes cousins, cousines ; lui, mon père qui m'a chassée bien plus tard, et ma mère… Elle a disparu l’été suivant. Comme elle me manque…

Je serre entre mes mains le trousseau de clés que m’a donné le clerc de notaire, enfin le type de tout à l’heure et que je suppose l’être. Je les ai prises machinalement lorsqu’il me les a tendues, sans les regarder, sans m’apercevoir que c’était le trousseau de ma mère & qu’il avait encore le porte-clés que je lui avais offert. C’était un petit papillon rose et bleu en perles que je lui avais fabriqué. Je revois son sourire lorsqu’en ouvrant les yeux, elle le découvrit dans un petit coffret. C’était pour la fête des mères… Elle a disparu quelques semaines après.

Je me dirige vers la porte d’entrée, glisse la clé dans la serrure puis la tourne. Un grincement retenti en poussant la porte. Mon ventre se noue, mon cœur bat la chamade et mes mains deviennent moites en franchissant le seuil. Tant d’émotions se bousculent, tant de sentiments longtemps refoulés, m’assaillent et m’emprisonnent dans un tourbillon d’images du passé. Je me sens faillir et me rattrape à la rampe de l’escalier juste à temps pour me reprendre.

Il y a sur la commode de l’entrée, celle où l’on déposait toujours les clés et le courrier un tas de lettres et de prospectus. Certainement que le notaire les a récupérées hier en venant allumer le chauffage. J’attrape la pile et regarde les enveloppes une à une. De la pub, encore de la pub, puis une perdue entre toutes qui m’est adressée. Avec étonnement je l’extrais du tas et l’examine. Cela fait plus de quinze ans que je n’habite plus ici, qui pouvait m’y écrire ?

Après que mon père meurtri de douleurs, aigri par la disparition de ma mère, ne supportant plus ma présence en ces lieux et m’ayant violemment fichu dehors en m’interdisant d’y remettre les pieds, je n’étais jamais revenu avant aujourd’hui dans cette demeure.

J’avais treize ans à cette époque ; presque trois ans après la disparition de ma mère, il n’avait toujours pas fait son deuil, il ne s’en était toujours pas remis. Il n’avait pas été condamné pour mon abandon, le procureur avait été indulgent d’autant que toutes les accusations d’un éventuel assassinat sur la personne de ma mère avaient été écartées à son encontre. Mon père avait été furieux d’avoir pu être accusé du meurtre de sa femme, d’avoir été traité d’assassin, lui qui l’adorait, la vénérait…

Mais cet amour était-il réellement si passionnel ? La tristesse et les larmes parfois surprises sur le visage de ma mère, me l’ont souvent fait douter…

Ma garde lui a donc été retirée et c’est l’une de mes tantes, celle qui ne pouvait avoir d’enfants du fait de la stérilité de son époux, qui m’avait élevée loin d’ici, loin de lui, à des centaines de kilomètres. Ils m’ont donné tout l’amour dont une jeune fille fragilisée par la perte de sa mère avait besoin, pour tenter d’adoucir cette absence. Ils m’ont élevée comme si j’étais leur propre fille.

On n’a jamais su ce qui c’était passé. L’enquête de la police a duré des mois et n’a mené à rien. Son corps n’a jamais été retrouvé. L’affaire a fini par être classée, oubliée.

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03 janvier 2009

Lettre du passé ~ Episode 2

Le premier épisode du jeu d'écriture Mystério, "La lettre du passé", proposée par Enriqueta est ici.


Résignée, je décide de prendre mon mal en patience et de dormir dans la voiture. Il n'y fait pas très chaud mais j'y suis au moins à l'abri. Le froid commence à m'engourdir les membres, je suis frigorifiée et je claque des dents. Si seulement j'avais une couverture, ou si un pull, un blouson traînait ici, je pourrai me réchauffer un peu. Mais rien. Je regrette mon côté maniaque-ordonné un instant, puis me souviens de ces couvertures de survie laissées dans le coffre, souvenir de mon ex. Un pompier, certes fort prévoyant mais aimant trop ses copains, les jolies demoiselles attirées ou plus exactement excitées, par l’uniforme, et sa liberté pour les sacrifier auprès de quelqu’un si adorable soit-elle, pour reprendre ses mots.

Tant pis pour lui, tant pis pour moi… Mais quel dommage, on s'entendait bien ensemble… & puis à nouveau célibataire alors même que toutes mes amies sont depuis quelques temps déjà, heureuses en couple et rêvent d’être les mamans de petits bouts de choux, ce n'était pas ainsi que j'espérais terminer l'année ! L'heure n'est pas venue de m'apitoyer sur mon triste sort de femme délassée et déçue par les hommes, j'ai froid, je grelotte, faut que je récupère ces couvertures sinon bientôt, je n'aurais même plus besoin de m'inquiéter de quoique ce soit !

Bravant l’air glacé, je quitte ma voiture, me précipite vers le coffre et en récupère les précieuses couvertures. Je regagne en quelques secondes mon abri, pour m’enrouler dedans. Je crois m’être endormie dans les minutes qui ont suivi, jusqu’au lendemain matin, jusqu’à ce qu’un homme me surprenne dans mon sommeil en appelant et en frappant à la fenêtre.

J'entrouvre difficilement un œil. La nuit a été rude et je suis toute courbaturée. Je regarde devant moi et reste figée. Tout est blanc. Une pellicule épaisse de neige s'est amassée sur le capot, le par brise, et a envahi tout cet endroit jusqu'à perte d'horizon. L'homme, au visage rougi par le froid, s’agite à la fenêtre et s’égosille en m’appelant.

Je sors de la voiture emballée dans mon manteau de fortune couleur or et argent. L'homme me regarde ébahi, surpris par mon accoutrement, ou bien par la tête que je dois avoir.

- Bonjour mademoiselle… Je… Je viens de l'étude de maître Biancodini. Il m'a demandé de vous prévenir qu'il serait en retard et ne voulant pas vous faire attendre dehors pas ce temps, de vous confier les clés de la maison. Vous pouvez entrer, il y fait chaud à l'intérieur car il est venu hier, en fin d’après-midi, mettre en route le chauffage.

Si j'avais su, j'aurai défoncé la porte, pensais-je.

- Voilà mademoiselle. Il devrait être là d'ici une petite heure en espérant que la neige ne se remette pas à tomber. A revoir mademoiselle.

- Attendez monsieur. Vous savez pourquoi maître Bianciodi…

- Maître Biancodini.

- Oui, maître Biancodini… Vous savez pourquoi il voulait me voir ?

- Non… Certainement pour parler de la succession de votre père suite à sa mort.

- D’accord mais tout cela il pouvait le traiter seul avant et me recevoir à son étude au moment de tout finaliser non ?

- Je ne sais pas mademoiselle, je ne suis pas au courant du dossier… & je n’ai pas à parler de cela avec vous. Au revoir mademoiselle.

L'homme disparaît aussi simplement qu'il est arrivé, dans sa voiture que je vois s'éloigner sans réagir. Sans penser que j'aurais dû lui demander de m'emmener avec lui chez un garagiste ou lui demander de m'aider à pousser ma voiture afin de pouvoir repartir après.

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30 décembre 2008

Lettre du passé ~ Episode 1

Une lettre, reçue par la poste,  datant de plus de dix ans... De qui émane-t-elle ? Cette personne est-elle encore vivante ? Fait-elle encore partie de votre vie ? Que vous dit-elle ? Cette lettre va bouleverser votre vie actuelle. Inventez cette histoire, qui doit s'inspirer de votre vie.

C'est la dernière idée d'écriture proposée par Enriqueta dans le Jeu Mystério, "La lettre du passé"

Ma version n'est pas totalement terminée, la fin est en cours de rédaction ; elle se décline en plusieurs épisodes dont voici le premier.


J’arrive au bout du chemin, je sais que dans quelques secondes, tout de suite après avoir passé le grand sapin, elle se dressera devant moi.  Comme au théâtre, l’épais rideau d’arbres qui l’abrite & la protège se lèvera lentement, laissant la scène et son décor se découvrir, juste après les trois coups de bâtons que remplacent les battements de mon cœur.

Dans mes souvenirs, une lueur douce et accueillante habille chacune de ses fenêtres, ses volets bleus restent ouverts afin d’éclairer le chemin à la nuit tombée. Des massifs des rosiers roses et très odorants accompagnent chacun de nos pas dans le jardin, de la terrasse jusqu'au verger. Le feu chante dans la cheminée, parfois même en été, et c’est Birdie, une belle chatte persane bleue crème, qui en apprécie ses douces caresses. Elle affectionne de dormir à cet endroit, tout prêt du feu sur les cousins en velours orange posés sur le fauteuil. Des silhouettes s’activent toujours à l’intérieur ou à l’extérieur selon le fil des saisons…

La vie s’y plaisait là-bas. Elle avait décidé d’y rester, peut-être l’aurait-elle fait pour l’éternité mais l’éternité ne rimait pas avec l’infini.

J’y étais. J’y ai vécu ici…La vie m’y semblait si paisible, si sereine, si saine. Elle l’était réellement, jusqu’à ce jour où… 

Je passe le sapin mais je ne vois aucune lumière. Le chemin est chaotique. Je peine à avancer même en roulant au pas. Il ne reste que quelques mètres à parcourir ; j’irais plus vite si j’y allais à pieds, je le sais, je le sens mais je n’ose descendre de la voiture. 

A la lueur des phares, je discerne enfin son ombre dans la nuit noire. Elle s’approche. Elle est devant moi, mais il fait trop sombre & je ne la reconnais pas vraiment. J’aurai dû partir plus tôt, maintenant il est trop tard. La nuit va continuer à s’étendre & peu à peu les étoiles vont illuminer le ciel. Cette lumière si intense par temps dégagé ne sera jamais assez puissante pour me permettre de mieux la distinguer. Je reviendrais demain ; de toute façon c'est là qu'il m'a donné rendez-vous.

En attendant, il me faut retourner en ville, trouver cet hôtel dans lequel j’ai réservé une chambre et m’y reposer car toute cette route m’a éreintée. Je rejoins mon véhicule. Je le démarre, fait un demi tour pour repartir dans le bon sens quand brusquement l’avant de la voiture s’affaisse. Je tente une marche arrière, je braque au maximum les roues tout en reculant mais ces manœuvres ne servent à rien. Le véhicule ne bouge pas. J'attrape mon sac à main, farfouille à l'intérieur à la recherche de mon téléphone afin de contacter un garagiste ou je ne sais qui, qui pourrait me venir en aide.

Rien, pas de réseau ! Je suis maudite, ce lieu est maudit ! Je n'aurai jamais dû y revenir, je n'aurai jamais dû le laisser m’en persuader !

Il y a des moments dans la vie que l'on aimerait ne pas avoir à vivre, des moments où toute la solitude du monde semble vous tomber dessus d’un seul coup & celui-ci en était un. Je me retrouvais devant la maison de mon enfance, seule dans la nuit glacée, en panne, sans la possibilité d'appeler des secours, isolée, sans un seul voisin avant plusieurs kilomètres. Bien sûr cela pourrait être pire, je pourrais être malade ou blessée, il pourrait tomber des cordes, y avoir une tornade ou une tempête de neige mais fort heureusement, il n'y avait rien de tout cela.

Posté par Cassandrali à 16:38 - Prête Moi ta Plume... pour Ecrire un mOt - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 septembre 2008

Chutttt... Il ne faudrait pas qu'il puisse savoir

Peut-être qu'il  aura baisser sa garde (je ne peux citer son nom sans prendre le risque d'attirer son attention), qu'en l'espace d'une seconde, la publication de cette note sera rendue possible...

Peux-être que vous arriverez à la lire, qu'ici vous ne trouverez plus un blog figé, intéressant comme cela l'était devenu ces dernières semaines...

& alors, vous comprendrerez, vous serez ce qui c'est passé...

oOo

Je pensais en avoir terminé avec lui. Je pensais ne plus jamais entendre parler de lui & de tous ses méfaits. Je pensais qu’il n’était plus qu’un mauvais souvenir, l’ombre d'un personnage de ces mauvais rêves, de ceux qui traversent parfois mes nuits puis qui s'effacent peu à peu de ma mémoire avec le temps, s’évaporant comme l’eau d’un vase de roses anglaises oublié sur une table dans le salon.
Mais je trompais. Une nouvelle fois, il avait décidé de revenir hanter ma vie.
Ce sombre et odieux personnage, aux intentions peu louables est le reflet du mal, de la haine et du mépris envers l'être humain. Disciples des démons, maître des créatures d'un autres temps dont il a le pouvoir de faire ressusciter des antres des ténèbres à guise, il s’immisce dans notre quotidien dans le seul but d’assouvir son désir de vengeances, sa soif de souffrance, son obsession de cruauté. Sa perversité est sans limite & aujourd’hui, il le prouve encore… Comme par le passé.
C'est la nuit qu'il agit. Moment de prédilection pour chahuter les esprits fatigués par une rude journée, moment où ils sont les plus vulnérables. Il choisit ses proies uniquement au sein de la communauté des blogs car il sait que tous ces auteurs anonymes sont en attente d’aide, de soutien, de conseil… En quête de reconnaissance, de partage, de vie, tout simplement… Montrer qu’ils sont là, qu’ils existent, qu’ils ne sont pas que transparence… Trouver une raison de vivre, de continuer leur chemin même si celui-ci n’est qu’au travers d’un monde irréel, virtuel pouvant disparaître en quelques clics. Ce monde leur procure du réconfort, leur permet de reprendre confiance en eux lorsque tout autour d’eux leur a fait perdre pied… Ils remontent la pente peu à peu… Ce monde est leur exutoire, parfois le seul lieu de partage, de connivence, espace de liberté pour s’exprimer, exprimer leur passion, leur talent, leurs envies, leurs manques…
Il sait qu'ils sont nombreux mais aussi qu'ils sont seuls face à ses menaces, incapables de s’unir pour se dresser contre lui car il est nulle part et partout à la fois. Eux sont isolés dans leur coin, recoin, coincés devant l’écran de leur ordinateur. Malgré les tentatives d’union opérées par quelques irréductibles, le combat est sans cesse vain.
C'est de façon sournoise qu'il a dirigé son attaque cette fois-ci, une fois de plus… On ne pouvait s'attendre à autre chose de lui d'ailleurs. Un affrontement à armes égales ou un duel face à face avec courage et bravoure, était inimaginable. Cela ne fait pas partie de ses valeurs morales. Non, son univers n'est que mensonges, tromperies & trahisons.
C’est au début de l’été qu’il a lancé son attaque. C’était facile d’opérer puisque beaucoup de blogeurs étaient partis en vacances. Il avait tout prémédité depuis des semaines. Il avait commencé par envoyer des messages piégés, indétectables par les systèmes de sécurité actuels, pour pirater les ordinateurs des blogeurs mais aussi les serveurs hébergeant les blogs. Toute l’activé de blogosphère était sous sa surveillance, mais surtout sous son contrôle. À l’insu de tous, il interceptait, détournait les flux de données des auteurs qu’il avait piratés. Filtrant tout, pillant les créations artistiques, il ne laissait passer que les notes sans aucune valeur à ses yeux. En quelques jours, il était devenu le maître des mots et lui seul décidait de la parution des notes, de la publication des commentaires, de l’envoi et la réception des échanges par mail.
A ce jour rien n’a permis de mettre fin à ses agissements ; il sévit toujours mais à moindre échelle car il a fait une faute. Son égocentrisme a pris le dessus et l’a trahi. Son trésor amassé lui brulait les doigts. Ces écrits, ces œuvres volées à leur auteur ne pouvaient rester cachés plus longtemps. Ils étaient devenus sien et devaient être reconnus en tant que tel. Etre encensé par ses victimes était la plus belle des jouissances qui pouvait lui être offerte. C’était devenu une idée fixe, à tel point qu’il a ouvert un blog afin d’y publier toutes les fictions, poèmes, proses, dessins, photos qu’il s’était honteusement appropriés. En quelques semaines, sa notoriété était reconnue au sein de la blogsphère, son site atteignait des audiences record et était devenu un lieu incontournable, à visiter avant tous les autres.
Les auteurs lésés ne savent même pas qu’ils ont été dépouillés de leurs œuvres. Lorsqu’ils accèdent à leur blog, elles sont toujours visibles pour eux et au statut publié. Ils s’inquiètent de la disparition de leurs lecteurs habituels, les fidèles, les assidus, ceux là même qui les commentaient régulièrement avant et les abandonnent sans plus donner d’explications. Les mails envoyés pour prendre de leurs nouvelles restent sans réponse. Jour après jour, ils sombrent dans l’oubli…
J’ai abandonné, j’ai renoncé à me battre dans ce combat que je savais perdu d’avance. Exténuée, lassée, je me suis laissée couler. Sur la mer calme où je voguais sereinement auparavant, j’ai laissé le pirate avide et insatiable, éperonner mon embarcation. Lentement, j’ai gagné les profondeurs des abysses océaniques. J’ai disparu de ce monde…
Aux yeux de tous, je suis devenue une lâcheuse qui sans raison ne donne plus signe de vie, qui ne mérite plus que l’on s’intéresse à elle ou que l’on puisse s’inquiéter de son absence.
"L’oublier sera sa pénitence…"
Sans savoir que l’oublier, c’est laisser Mysterio conquérir du terrain, avancer un peu plus sur le chemin de la victoire.

oOo

C'était ma participation à la dernière une idée de jeu d'écriture d'Enriqueta.

Posté par Cassandrali à 13:23 - Prête Moi ta Plume... pour Ecrire un mOt - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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