~° Rien n’est impossible - 7 °~
Rose alla s’asseoir sur le lit avec le sac et son contenu en main. Elle posa le tout et s’empressa de regarder les papiers. Ils étaient au nom de « Aleksandra Riszkierska ». Sur la photo noir et blanc, le visage d’une jeune femme que Rose cru reconnaître ; le teint pâle, les yeux clairs, grands, les sourcils bien dessinés, pas trop épais, le nez légèrement retroussé, la bouche assez grande, les lèvres rebondies, le visage ovale avec une longue chevelure ondulée, certainement blonde et attachée en arrière. Elle avait le charme des vieux portraits d’avant guerre où les gens posaient de façon angélique. Elle se rapprocha du miroir de la coiffeuse et constata une ressemblance très prononcée avec la jeune femme de la photo. Elle ne fut pas surprise. En fait, cette découverte la rassurait, elle lui fournissait une explication à sa présence en ces lieux, à ce voyage dans le temps.
Petit à petit, les pièces du puzzle commençaient à s'assembler. Elle devait être « Aleksandra Riszkierska », elle se trouvait chez les parents de Mikolaj, peut-être était-elle de leur famille, de leurs amis. Elle referma le document et prit l’autre photo. Elle était aussi en noir et blanc. Dessus deux jeunes filles, elles devaient avoir une quinzaine d’années, peut-être un peu moins. Elles étaient dans un jardin, certainement en été car il y avait de nombreuses fleurs derrière elles, des roses semblait-il. Au loin, une belle demeure aux pierres blanches. Elles souriaient, elle se tenaient par la taille et semblaient très complices, elles semblaient très heureuses aussi. Elle retourna la photo et découvrir une inscription écrite à la plume : « Eté 1920 – Aleksandra et son amie Anna ». Elle reposa la photo et attrapa l’enveloppe. Elle en sortit la lettre s’y trouvant à l'intérieur et la déplia soigneusement. Elle était signée d’Anna, la mère de Mikolaj. Elle la lue à voie base et tout en la lisant elle entendait la voie d’Anna raisonner dans sa tête.
Ma chère Sacha, ma très chère amie,
Combien de fois avons nous eu besoin l'une de l'autre, combien de fois, nous sommes nous aidées, malgré nos craintes, malgré nos mondes différents. Nous avons toujours été là l'une pour l'autre, respectant nos engagements, respectant notre pacte de sang fait à notre enfance un soir d'été, nous avions 13 ans…
T’en rappelle tu ? Bien sûr… On se l’était promis.
Aujourd'hui je reviens vers toi, je viens à nouveau solliciter ton aide. Je sais que la situation dans laquelle nous nous trouvons en ce moment ne te facilitera pas la tâche, mais je sais que tu seras là pour moi, comme je l'ai toujours été pour toi par le passé alors que tu traversais une phase très difficile dans ta vie. Et puis peut-être que la position de ton père pourra te simplifier la tâche… Je l’espère en tout cas, car ce n'est pas de moi dont il s'agit cette fois-ci, mais de mon fils, de ton filleul, Mikolaj, mon tendre Mikolaj.
Wojciech, mon cher époux et moi-même ne pouvons plus assurer la sécurité de nos enfants, ils doivent partir, nous devons les abandonner, les envoyer en lieu sûr. S'ils restaient avec nous leur vie serait en danger. Mais Mikolaj est le plus jeune, je crains qu'il ne veuille pas s'enfuir et qu'il retourne à la maison bien que nous l'en ayons dissuadé et interdit... Il n'a pas compris la gravité de la situation, nous ne lui avons pas tout dit non plus... C'était trop dangereux, je ne pouvais pas le mettre en péril ; je ne voudrais pas te porter préjudice en t'en écrivant davantage, nous devons partir sans eux, c’est tout. C’est mieux pour tous. Si l’avenir veut nous donner la chance de les revoir, la chance de te revoir aussi, alors je pourrai tout expliquer. Pour le moment c’est impossible.
Nous avons tout organisé. J'ai pris contact avec certaines personnes afin de faire partir Mikolaj à l'étranger, il séjournera dans une famille d'accueil en échange de travaux à la ferme. Certes, cela compromet terriblement tout espoir d'études, mais il échappera à la réalité de cette terrible guerre, il bénéficiera d'un toit, de la nourriture et sera en sécurité tant que la guerre durera. Après, nous pourrons le récupérer.
Nous n'avons pas pu les laisser ensemble, les familles ne pouvaient pas accueillir trois enfants, ils seront donc séparés et ne pourront pas se soutenir mutuellement. C’était la seule solution, elle a été difficile a trouvée, difficile à organiser et nous n’avions pas d’autres choix.
Mikolaj doit prendre un train dans deux semaines, je le conduirai moi-même à la gare, pendant que Wojciech s'occupera de son frère et de sa soeur aînés. J'attendrai que le train parte afin de m'assurer qu'il reste bien dedans. Ensuite moi-même je devrai partir, peu importe où, et Wojciech me rejoindra plus tard lorsqu'il aura terminé. On ne rentrera pas chez nous, pas avant plusieurs jours, même plusieurs semaines, voire plusieurs mois, l'avenir nous le dira...
C'est pour cela que j'ai besoin de toi Sacha. Je voudrai, si tu es d'accord et si tu le peux, que tu viennes chez nous y habiter quelques jours ; le temps d'être certaine que Mikolaj ne revienne pas. Il sera pris en charge par une personne de confiance à la troisième gare et là, plus d'inquiétude ; mais avant cela, il pourrait très bien profiter d'un arrêt pour descendre du train et faire le chemin inverse pour rentrer. Il se retrouverait alors tout seul et donc à la merci de tout. Je ne te demande pas de récupérer et de le garder s’il rentrait, mais seulement de t'assurer qu'il ne rentre pas. Passé une semaine, je pense que tu pourras retourner chez toi et retrouver les tiens.
Au cas où Mikolaj revenais, parce j'ai prévu cette éventualité avec mon contact, je te demanderai de le raccompagner au train suivant, de faire le voyage avec lui jusqu'à sa prise en charge. Voilà, c'est tout. Ca semble peu, mais pour moi c'est énorme. Il en va de la vie de mon fils et je serai dans l’incapacité de faire quoique ce soit pour lui sans risquer de… Je ne peux en dire plus. Fais moi confiance. Tu me connais, tu connais mon histoire, mes convictions. Soit persuadée que tout je que je ferai, tout ce que nous ferons est dans l’intérêt de tous.
Avant d'oublier, un code est à fournir au moment de la prise en charge par notre contact ; tu dois te douter auquel je fais allusion ? A notre code, ce que l'on s'est promis ce soir d'été, notre serment…
Je t’aime ma Sacha, j’aimerai tant pouvoir te serrer dans mes bras en ce moment. J’aurai tant aimé te revoir avant mon départ. Te dire à quel point je pense à toi, tous les jours depuis que nous nous sommes éloignées. Te dire que je suis inquiète pour notre avenir, que j’ai peur, très peur de ce qui pourrait arriver, mais que je dois le faire. J’espère au plus profond de mon cœur, que nous nous reverrons lorsque tout sera finit, lorsque cette guerre qui vient briser notre tranquillité, notre bonheur, se terminera.
Je t’embrasse tendrement ma chère amie, ma très chère Sacha.
Anna