27 juin 2007
~° Rien n’est impossible - Fin °~
En quittant la gare, Aleksandra remarqua tout de suite le café en face d’elle. Elle allait s'y rendre lorsqu’elle aperçu sur le trottoir, le délateur. Elle se dirigea dans sa direction et l’apostropha.
- Vous n’êtes qu’un traître monsieur, sans aucune dignité pour votre pays, sans aucun respect pour vos compatriotes. Vous devriez avoir honte de vous !
- C’est vous qui devriez avoir honte maudite… Garce ! Vociféra-t-il en levant sa canne sur elle et en lui affligeant plusieurs coups sur la tête, d’une extrême violence.
Elle essaya de se protéger avec ses bras mais l’homme, hors de lui, continuait à la frapper tout en l’insultant. Des passants vinrent à son secours et arraisonnèrent l’individu.
Aleksandra avait perdu connaissance. Le dernier coup reçu avait eu l’effet d’une terrible détonation dans sa tête, suivi d’un fort éblouissement ; une lumière intensément blanche, presque aveuglante, puis plus rien, le noir complet, accompagné du silence absolu.
Elle avait l’impression d’être dans un profond sommeil, d’avoir retrouvée la sérénité, la quiétude comme elle ne l’avait pas ressentit depuis des semaines, voire même des mois. Elle se sentait bien, terriblement bien et reposée sans envie de quitter la léthargie dans laquelle elle se trouvait.
Quelqu’un la secouait, l’appelait doucement mais elle ne réagissait pas, elle ne voulait pas réagir. « Laisser moi, je suis bien ainsi, je dors, je rêve… Je suis heureuse… Je veux encore dormir » pensa-t-elle. On continuait de la secouer tout en lui parlant doucement. Elle comprenait à peine les paroles ; ce n’était pas son prénom, Rose ou Aleksandra, ni même madame… Elle reprit peu à peu connaissance et les mots devenaient plus compréhensibles.
- Maman… Maman… C’est l’heure. Il est neuf heures.
Elle se releva brusquement, stupéfaite de se retrouver dans sa chambre avec ses enfants autour d’elle qui étaient venus la réveiller. Que faisait-elle ici, avait-elle rêvé toute cette aventure dans le passé ? Mikolaj, Anna, Wojciech et Aleksandra faisaient-ils parti de son rêve où les avaient-elle réellement rencontrés au cours de la nuit ? Elle n’en savait rien, mais c’était la seule explication sensée qu’elle pouvait avoir.
- Ça va maman ? Lui demanda sa fille étonnée et inquiète de la voir paniquée.
- Oui… Oui ça va… J’étais juste dans un rêve, très surprenant et ça semblait tellement réel que je ne savais plus où j’étais.
- Oh moi aussi ça m’arrive, ajouta son fils. Je fais un rêve mais j’ai l’impression que c’est vrai et ça me fait peur parfois… Comme la fois où j’ai mangé un oiseau… Même les plumes… Tu te rappelles ?
- Bien sûr ! Allez on se lève. Vous allez préparer le petit déjeuner, j’arrive.
- Oui, répondirent-ils en cœur en quittant la chambre de leur mère.
Rose s’essaya sur le bord de son lit. Songeuse, elle cherchait autour d’elle un indice, une preuve qu’elle n’avait pas rêvé tout cela. Qu’elle avait voyagé dans le passé, rencontré son père lorsqu’il n’était encore qu’un enfant, ses grands-parents paternel qu’elle n’avait jamais connus et cette Aleksandra qui lui ressemblait tant. Mais il n’y avait rien, rien de plus que son médaillon qu’elle avait déposé sur la table de nuit avant de se coucher la veille. Il était posé sur la carte de son psychologue, celui avec qui elle travaillait depuis quelques séances sur ces problèmes de confiance en soi et des troubles de la personnalité. Peut-être pourrait-il lui fournir une explication. Elle attrapa le téléphone et composa le numéro de son cabinet.
- Allo ?
- Docteur, c’est Rose… Il faut que je vienne vous voir absolument aujourd’hui. Il vient de m’arriver quelque chose de très surprenant et je dois vous en parler… J’ai l’impression d’avoir vécu une autre vie… Dans le passé… C’était tellement vrai ! Je ne sais plus… C’est… C'est comme… Comme si Aleksandra était en moi… Comme si j’étais sa réincarnation… Vous devez me prendre pour une folle…
- Calmez vous. Nous allons nous entretenir ensemble, passer me voir à 11h. Rassurez-vous, on va en discuter mais il se peut que cela soit lié aux différentes séances d’hypnoses que nous avons faites. Ça va aller, ajouta-t-il d’un ton apaisant.
- D’accord. Bien, docteur… Merci, docteur. A tout à l’heure.
~ ° o O o ° ~
En ayant toujours eu pensée toute particulière pour mon père lors de l’écriture de cette nouvelle.
Parce qu’il est nécessaire de connaître son passé, son histoire, l’histoire des siens… Que sans passé, il n’y a pas de repère, sans repère il est parfois difficile de vivre son présent & de construire son futur…
Je ne connais presque rien de la vie de mon père, né un certain jour de mars en 1927, dans une ville de Pologne qui suite à la redéfinition des frontières est devenue une ville d’Ukraine.
Enfant, ses parents lui ont dit de fuir le pays au moment de l’invasion de la Pologne par les Allemands.
Avait-il des frères et des sœurs ? Que sont devenus ses parents ?
Je ne sais.
Je sais qu’il a été recueillit ou accueillit par un homme, quelque part en Suède ou en Norvège…
Que plus tard il a travaillé dans les mines de charbon en Belgique, puis dans le nord de la France…
Qu’un jour, il s’est engagé dans la Légion Etrangère, qu’il a fait plusieurs batailles…
Qu’un jour, il a rencontré ma mère, mais sans savoir comment… Maman n’en ayant jamais parlé, comme si cela était tabou…
Maman aussi, dont je connais à peine son histoire. Né en juillet 1931 d’une mère très autoritaire et d’un père qui a longtemps été prisonnier de guerre. Fille unique, elle allait souvent chez ces cousins et cousines.
Plus tard, elle est partie jeune fille au paire pendant trois ans en Angleterre puis est revenue en France à la demande de ses parents, pour leur donner un coup de main à la boutique qu’ils avaient…
Et puis, leur rencontre, un mariage en 1963 et quatre enfants entre 1964 et 1968.
Quelques années de bonheur et puis le drame, le décès de mon père. J’avais à peine six ans…
J’ai écrit cette nouvelle avec l’idée de l’offrir à ma mère et ainsi, peut-être, lui donner envie d’écrire un morceau de ce passé que je ne connais pas, pour moi, mes sœurs et mon frère, mais aussi pour mes enfants, leurs enfants.
Je lui ai demandé plusieurs fois mais sans jamais trop insister, peut-être se décidera-t-elle de le faire, un jour, avant que la vie ne nous sépare…
24 juin 2007
~° Rien n’est impossible - 15 °~
- C’est elle, oui c’est bien elle, cria-t-il d’un ton haineux, les yeux exorbités tout en dressant vers le ciel la canne qui utilisait pour l’aider à marcher. C’est elle qui aide les juifs à fuir ! Je l’ai entendue expliquer son plan… Mais où est le gamin ? Demanda-t-il en le cherchant du regard. Vous n’avez pas arrêté ce sale juif ?
- Il n’est pas juif ! Rétorquait Aleksandra indignée et prête à se jeter sur lui pour faire ravaler ses paroles venimeuses et régressives.
- Taisez-vous ! Vous parlerez quand on vous le demandera ! Ordonna le soldat en l’empoignant.
A cet instant, un homme qui semblait être leur chef, s’approcha du soldat un peu trop zélé. Il du certainement le reprendre sur son comportement car sa voix était ferme et très autoritaire. Leur conversation dura quelques minutes à l’issue desquelles le soldat regagna le reste de la patrouille.
Le chef se présenta devant Aleksandra et lui demanda ses papiers d’identité. Il s’exprimait en polonais ce qui la surpris beaucoup. Elle hésita un court instant puis farfouilla dans son sac pour lui tendre sa carte, d’une main légèrement tremblante. L’homme contrôla la photo de la carte tout en la dévisageant.
- Aleksandra Ryszkierska ? C’est votre nom ?
- Oui, c’est moi… Répondit-elle calmement.
- La photo n’est pas très ressemblante…
- Elle est un peu ancienne, j’étais plus jeune…
L’homme disparu emportant avec lui ses papiers et la laissant sous la surveillance de la troupe.
Aleksandra commençait à s’inquiéter. Le temps défilait, la nuit ne tarderait pas à tomber et elle devait absolument prendre le prochain train. Elle n’avait pas de plan de secours dans le cas où elle le manquait ; comment ferait-elle ?
Que deviendrait-elle ?
Serait-elle prisonnière d’un passé qu’il n’était pas le sien ?
Et que deviendrait sa vie sans elle…
Autant de questions qui lui venaient à l’esprit et restaient sans réponse.
Cette attente amplifiait son anxiété. Que devait-elle faire ; attendre que sa bonne étoile intervienne ou bien provoquer le destin ?
Sa bonne étoile, elle n’y croyait guère, jusqu’à présent elle s’était toujours faite discrète… Quant au destin, elle avait plutôt l’impression qu’il l’avait oublié et qu’elle subissait ses frasques.
Elle regarda tout autour d’elle, la vie poursuivait sont cours : les voyageurs déambulant sur le quai, les cheminots faisant des allers et venues entre la gare et les entrepôts, les conducteurs de chariots chargeant leur cargaison, telle une fourmilière en pleine activité. Personne ne portait attention à son arrestation, à sa présence et à celle des soldats en ces lieux. On la voyait sans vouloir la voir… Mais un homme semblait l’observer. Il venait tout juste d’arriver et s’était immobilisé comme pour chercher quelqu’un. Quelques secondes après, une femme le rejoignit.
Aleksandra les reconnu, il s’agissait des parents de Mikolaj dont elle avait vu leur photo dans le médaillon. Que venaient-ils faire ici ?
Etaient-ils venu pour vérifier que leur fils était bien parti ?
S’assurer que tout se passait comme prévu ?
Qu’allaient-ils faire en la voyant ainsi entre les mains des soldats allemands ?
Tenteraient-ils de lui venir en aide mettant en péril leur propre vie ?
Aleksandra appréhendait leur réaction. Quoiqu’il lui arrive, ils ne devaient pas intervenir. Elle détourna sa tête en espérant qu’ils n’aient pas eu le temps de la reconnaître et réfléchit afin de trouver une solution. Vite, elle devait agir vite, très vite. Pour surprendre les allemands et surtout ne pas laisser le temps à Anna et Wojciech d’agir, elle devait tenter le tout pour le tout. Mais au moment même où s’apprêtait à s’enfuir, obligeant ainsi les soldats à la rattraper, le chef revint avec ses papiers.
- Vous pouvez partir, mademoiselle Ryszkierska, tout est en règle. Lui dit-il en lui rendant sa carte d’identité. Vous avez la chance d’avoir un père bien placé… Ajouta-t-il d’un ton méprisant. Cela ne durera pas !
Aleksandra récupéra ses papiers et s’éloigna sans plus attendre. Il lui restait encore un peu de temps avant que son train n’arrive et elle décida d’aller prendre quelque chose de chaud à l’extérieur de gare, dans un café s’il y en avait un, afin de remettre de toutes ces émotions. Elle passa tout près des parents de Mikolaj et leur murmura rapidement :
- Il est parti, tout va bien ! Partez !
Sans s’arrêter, sans s’attarder, sans les regarder pour n’éveiller aucun soupçon. De leur côté les parents de Mikolaj firent mine de chercher leur direction, partant à l’opposé d’Aleksandra.
07 juin 2007
~° Rien n’est impossible - 14 °~
- Allez, Mikolaj, il faut y aller maintenant.
Aleksandra et Mikolaj descendirent du wagon sans dire un mot, passant devant un dernier passager qui avait un peu tardé à s’en aller et qui les suivi. Agé, elle lui tint la porte et l’aida à descendre. Il la remercia puis s’empressa de la quitter. Sur le quai, un grouillement de personnes s’agitait en tout sens. Une certaine effervescence régnait, amplifiée par la présence des patrouilles militaires arpentant les quais, surveillant les allées venues de la foule qui se pressai dans la gare, effectuant ponctuellement des contrôles d’identité.
Aleksandra chercha du regard un panneau signalant les toilettes. Après avoir longé et traversé plusieurs voies, elle les aperçu. Elle s’y dirigea accompagnée de Mikolaj sans faire attention au soldat qui la suivait discrètement du coin de l’œil depuis quelques minutes. Aleksandra et le jeune garçon ne donnaient pas l’impression d’être plus suspects que n’importe quels autres voyageurs, mais son raffinement l’intriguait. Qu’est-ce qu’une femme de son élégance pouvait bien faire dans cette gare ? Pensait-il.
Elle attrapa Mikolaj par la main gauche. Ils suivirent le quai jusqu’au bout et arrivé proche du lieu de rendez-vous, ils changèrent de côté. Ils s’arrêtèrent au seuil de la porte, espérant la venue rapide de leur contact. Les secondes s’écoulant leur parurent une éternité. L’un à côté de l’autre, ils attendaient patiemment la venue de l’homme qui tardait un peu ; ils commençaient à s’inquiéter de son retard.
Peut-être n’a-t-il pas vu le changement de mains, supposa Aleksandra qui l’effectua une nouvelle fois.
L’homme moustachu portant le foulard rouge et blanc apparu enfin. Il semblait correspondre à la description faite par Aleksy dans son mot. Elle le laissa s’approcher afin de s’assurer qu’il s’agissait bien de lui. Il avait les yeux bleus, le grain de beauté sur la joue gauche et comme prévu, une allumette à la bouche qu’il mâchonnait calmement. Tous les détails donnés étaient réunis, elle ne pouvait plus avoir de doutes. Une fois à sa hauteur, elle lui chuchota la partie de son code, auquel il répondit aussitôt par la seconde moitié.
- Il faut se dépêcher, Madame, le train repart dans quelques minutes.
L’heure de la séparation était arrivée ; Aleksandra lâcha lentement la main de Mikolaj et le poussa doucement vers le cheminot. Pas d’étreintes, pas de derniers baisers, tout cela avait déjà été fait dans le train. Juste leur cœur qui se serraient, leurs mots qui ne pouvaient sortir de leur bouche, leurs regards qui se fixaient s’adressant un dernier adieu.
- Faites tomber votre sac, j’y glisserai vos instructions pour le retour. Lisez-les dans les toilettes puis détruisez tous les messages avant de repartir ; et surtout, ne nous suivez pas ! Au revoir madame…
Il la quitta aussitôt mais fit une pause pour se retourner.
- N’ayez crainte, tout se passera bien, ajouta-t-il d’une voix qui se voulait des plus rassurantes.
Elle les regarda s’éloigner en silence. Elle tenta d’évacuer sa peine en se répétant qu’elle le reverrait plus tard, beaucoup plus tard ; qu’elle avait accompli sa mission, qu’elle rentrerait chez elle et qu’elle retrouverait bientôt les siens. Ses enfants, son mari lui manquaient énormément. Elle aurait aimé être auprès d’eux à cet instant, les embrasser, les prendre et les serrer très fort dans ses bras.
Avant de pouvoir réaliser cela, elle devait retourner dans la maison d’Anna. Là où tout avait commencé. Pour cela, elle devait lire à l’abri de tous, les consignes que le cheminot lui avait communiquées.
Elle entendit le train siffler et ses grincements de roues sur les rails, annonçant le départ.
« Ca y est, il est parti », pensa-t-elle.
Son visage s’éclaircit mais ne tarda pas à s’assombrir en distinguant au loin, deux soldats venant dans sa direction. Elle eu un mauvais pressentiment. Seule à cet endroit, ils venaient certainement contrôler son identité ou bien l’arrêter. Sans plus attendre, elle se précipita et s’enferma dans les toilettes. Elle mémorisa les indications données, mis le billet de retour dans son sac, puis déchira les messages en sa possession. Les preuves seront détruites et disparaîtront au fin fond des toilettes une fois la chasse d’eau tirée.
Au même moment, elle entendit la voix hostile d’un des soldats tambourinant à sa porte.
- Sortez, sortez, immédiatement !
Aleksandra, ne parlant pas l’allemand ne compris aucun mot, mais se douta qu’elle devait faire vite. Elle tira la chasse d’eau avant même que le soldat ne défonça la porte ; il l’extirpa par le bras sans aucun ménagement. C’était le soldat qui l’avait observée peu de temps avant, accompagné d’un autre moins agressif. Coïncidence ou bien l’avait-il suspectée depuis de son arrivée. Aleksandra n’en savait rien ; d’ailleurs, elle n’avait même pas remarqué sa présence. Encadré entre les deux soldats, elle fut contrainte de rejoindre le reste de la patrouille.
Aleksandra était inquiète, elle se demandait si Mikolaj et le cheminot avaient réussit à prendre le train, tout comme Aleksy, le contrôleur. Par chance, elle n’avait plus aucune preuve de contact entre ces personnes, ils étaient devenus des inconnus. Heureusement, car en entrant dans la gare, elle reconnu proche du chef des soldats, un vieil homme grand, maigre, mal habillé, portant une vieille casquette ; le dernier voyageur, celui qu’elle avait aidé. Il avait dû écouter leur conversation tout au long du voyage et les dénoncer une fois arrivé en gare.
19 mai 2007
~° Rien n’est impossible - 13 °~
Aleksandra était très troublé. Le médaillon était le sien, c’était une évidence & si elle ne l’avait plus autour de son cou, c’était parce qu’il se trouvait autour de celui de son propriétaire, Mikolaj. Ce médaillon, elle le tenait de son père. Elle l’avait reçu de son père lors de son baptême, c’était une tradition familiale lui avait-il expliqué quelques années plus tard.
Mikolaj, le petit garçon assis à ses côtés serait-il son père ? Ou bien le connaîtra-t-il ?
Son père se prénommait Michel, mais son prénom aurait pu être mal francisé lors de sa naturalisation. Elle regarda Mikolaj & se laissa emporter dans l’intensité du bleu de ses yeux, fermant les siens, elle revoyait son père… Il était en face d’elle, ils jouaient ensemble… et de sa bouche un murmure s’échappa :
« Papa… C’est toi, papa ? »
Elle venait de découvrit le maillon manquant, celui qui reliait ces deux destins. Ce n’était pas un hasard si elle s’était retrouvée dans cette aventure, dans l’histoire de ce petit garçon. Un lien les unissait : son père. Comment cela était-il possible ! Elle n’en revenait pas, elle en oubliait presque sa mission.
C’est lors du contrôle des billets, qu’elle reprit conscience de réalité. C’est Aleksy qui l’effectuait sur cette partie du wagon.
- Madame, contrôle de billets.
- Oui. Tenez, pour moi et mon fils…
- Vous descendez à la prochaine gare.Dans environ une heure, lui dit-il en lui faisant un clin d’œil.
Aleksandra fut surprise car elle pensait qu’elle devait descendre à la troisième gare et non à la première. Elle n’osa se lever pour aller voir Aleksy et lui demander des explications, elle se rappela du mot glissé par celui-ci lors de leur rencontre. Elle le récupéra, le déplia et le lu. Elle ne reconnu pas l’écriture, celle-ci était plus masculine, certainement d’ Aleksy. Anna lui avait dit qu’il était un de ses amis d’enfance. Qu’elle devait lui faire confiance.
De toute façon, elle n’avait pas tellement le choix…
Qu’adviendra-t-il si elle agissait autrement de ce qui était écrit ?
Le futur en serait-il modifié ?
Que deviendrait Mikolaj, son père ? Enfin, peut-être son père. & d’elle-même ?
Fallait-il y penser d’ailleurs ? Ne risquerait-elle pas de faire une erreur en s’en inquiétant de trop. Elle préféra cesser d’y songer et d’agir au mieux le moment venu.
Dans le mot, elle découvrit le nouveau plan. Elle devait bel et bien descendre à la prochaine gare. Les contrôles des forces occupantes s’étant intensifiés, elle ne pouvait pas prendre le risque de faire un si long voyage.
Ils devaient donc descendre du train pour se rendre aux toilettes. Ensuite, un cheminot prendrait en charge Mikolaj et celui-ci ferait la suite du voyage dans la locomotive. Il deviendrait un apprenti en charge d’aider à alimenter le foyer en charbon. Le cheminot porterait un foulard rayé rouge et blanc noué sur le côté gauche ; il serait brun au yeux bleus ; une moustache et un grain de beauté sur la joue gauche. Pour se faire connaître, Aleksandra devrait tenir Mikolaj par la main du côté gauche puis changer de côté juste devant les toilettes. A ce moment là, le cheminot sortirait, une allumette à la bouche. Le code utilisé pour contacter Aleksy serait à réutiliser.
C’était les seules instructions, il n’y avait pas d’autres informations quant à la suite du voyage. Quelle était sa destination, où devait-il se rendre ? Aleksandra n’en avait aucune idée. Leur route s’arrêterait dans cette gare et elle ne saura jamais si le jeune garçon avec qui elle venait de passer quarante-huit heures s’en sortirait. Probablement, puisque comme elle le supposait, il était son père, sinon elle ne serait pas là. Mais elle aurait aimé l’accompagner plus loin, s’assurer qu’il sera entre de bonnes mains. Seulement, elle n’avait pas d’autre choix que de faire confiance à Aleksy & à ses contacts.
Le temps passa vite, Aleksandra devait tout expliquer à Mikolaj afin de le préparer et surtout le rassurer. Lui dire tout ce passerait bien, qu’il devrait suivre cet homme, qu’il devrait lui faire confiance tout comme sa mère l’avait fait. Il fallait lui dire qu’ils allaient se quitter, qu’ils se reverraient plus tard. Lui dire aussi qu’il ne devrait pas pleurer, qu’il devrait être un grand garçon, fort, pour faire honneur à sa mère. Que pour elle, il se devait aller jusqu’au bout, qu’après elle serait tranquillisée de le savoir en sécurité et pourrait même lui écrire, tout comme son frère et sa sœur allaient le faire dans les prochains jours.
- Tu as bien compris Mikolaj ?
- Oui, lui répondit-il en reniflant, les larmes aux yeux.
- Tu verras, tout se passera bien. Il ne faut pas t’inquiéter.
- Mais toi, qu’est-ce que tu vas devenir ?
- Je vais rentrer chez moi… Allez, viens que je te serre dans mes bras. On va se dire au revoir maintenant… Tu me promets que tu ne vas pas pleurer…
Mikolaj et Aleksandra restèrent enlacés jusqu’à l’arrivée en gare. Avant de descendre, ils s’embrassèrent une dernière fois et Aleksandra en profita pour rappeler les consignes à voix basse à l’oreille de Mikolaj.
- Tu te rappelles, on se dirige vers les toilettes, un cheminot avec un foulard rayé blanc et rouge nous y attendra et ne sortira qu’après avoir vu le changement de main. Ensuite, j’échange avec lui le code… Et je te laisserai. Tu le suivras, tu iras dans la locomotive et quoiqu’il arrive, tu respecteras tout ce qu’il te dira de faire. Tu verras, tout ira bien, j’en suis sûre. C’est compris ?
- Oui… J’ai bien compris mais ça va être dur de te quitter, je ne le connais pas le monsieur…
- C’est sûrement quelqu’un de très gentil, Mikolaj, sinon il n’accepterait pas de prendre des risques pour nous aider. Fais ce qu’il te dira, fais-le pour ta mère… Fais-le pour moi aussi… Parce qu’on t’aime toutes les deux…
02 mai 2007
~° Rien n’est impossible - 12 °~
Aleksandra attrapa la main de Mikolaj et tous les deux partir en direction de la gare. Mikolaj connaissait bien le chemin, il l’avait souvent emprunté avec sa mère par le passé pour rendre visite à sa grand-mère habitant le centre de Varsovie. La gare n’était qu’à deux kilomètres, mais ils furent ralentis par le vent froid et sec qui soufflait fortement et piquait leur visage. Par chance, ils ne rencontrèrent aucunes patrouilles de contrôle ; une femme et un enfant n’avaient rien de suspect, surtout en pleine journée.
- Regarde Aleksandra , on est arrivé, elle est là !
Les battements de son cœur s’accélèrent. Dans quelques instants, Alexandra allait affronté des personnes de l’univers dans lequel elle était plongée depuis bientôt vingt-quatre heures, un monde inconnu, un monde révolu, un monde du passé, peut-être un monde de son passé…
Rose, devenue Aleksandra en Pologne à l’aube de cette guerre atroce, n’était pas sans avoir qu’elle avait des origines polonaises. Que parmi ses gênes, son sang, c’était l’un de ces hommes du passé qui les lui avait apportés, qui en était le créateur.
Enfin, ils pénétrèrent dans la gare et se dirigèrent à l’extérieur, vers les quais, afin de trouver Aleksy, le contrôleur du train. Ils n’eurent pas besoin de le chercher bien longtemps. L’homme à la moustache et à la cicatrice sur la joue gauche, était devant le train entré en gare quelques minutes plus tôt ? Il semblait les attendre. Certainement, avait-il été prévenu lui aussi.
De façon anodine, Aleksandra et Mikolaj s’approchèrent de l’homme.
- S’il vous plait, monsieur… S’écria-t-elle après avoir levé la main pour lui signaler sa présence et lui indiquer qu’il devait s’approcher d’elle pour la renseigner.
- Oui madame…
- Pouvez-vous m’aider ? Je cherche... Puis une fois suffisamment proche de lui, sans pour autant être entendu par qui que ce soit, elle lui chuchota « A la vie à la mort »…
- « Elle seule nous séparera. »
- Vous êtes Aleksy…
- Chut… Il ne faudrait pas éveiller de soupçons en parlant trop longtemps ensemble… Faites tomber votre sac, je glisserai à l’intérieur vos billets en le ramassant ; ensuite, vous les récupérez et me les tendrez.
Aleksandra exécuta à la lettre les directives d’Aleksy ; comme prévu, il composta les billets avant de les lui rendre. Volontairement, il fit tomber l’un des billets afin de le ramasser et d’y joindre un petit mot sur lequel, les indications sur la suite du voyage figuraient.
- Bon voyage madame. Vous pouvez monter, le départ est dans 5 minutes.
Aleksandra et Mikolaj s’installèrent dans le premier wagon du train. Celui-ci était vide. Aleksandra ne savait pas si elle devait s’en réjouir ou bien s’en inquiéter. Ils s’assirent en silence l’un à côte de l’autre. L’attente du départ leur semblait interminable, d’autant qu’aucun voyageur n’entrait. N’ayant pas regardé sa montre après avoir quitté le contrôleur, elle ne savait pas combien de temps il restait avant le départ. Une, deux minutes tout au plus… A condition qu’il n’y ait pas de retard… Rien ne pouvait le garantir en ces temps incertains. Finalement, un voyageur, puis deux, puis d’autres montèrent les uns derrière les autres, ce qui fit que le wagon s’en trouva au trois quart rempli.
Le coup de sifflet annonçant le départ retentit. Le train commença à bouger, ballotant les voyageurs de gauche à droite. Il avança lentement accompagné de bruis de frottements et de grincements, puis pris peu à peu de la vitesse.
Enfin, nous voila partir. Prions pour que tout se passe bien, comme prévu, pensa-t-elle.
Des discussions débutèrent à gauche et à droite rompant ainsi le silence de pierre qui s’était installé. Même Mikolaj sortit de son mutisme.
- Cà fait longtemps que tu n’as pas vu ma maman ?
- Oh oui ! Ca doit bien faire trois ans, voir même quatre…
- J’ai une photo d’elle et de mon père, tu veux les voir ?
- Avec grand plaisir.
Mikolaj passa sa main sous son pull pour en ressortir un médaillon rond et doré.
- Mais… s’exclama Aleksandra , c’est mon médaillon…
- Quoi ?
- Non, rien rien… Discrètement, Aleksandra rechercha sa chaîne en passant sa main dans le cou, mais ne le trouva pas. Je peux le regarder ? Lui demanda-t-elle d’un ton légèrement suspicieux.
Mikolaj s’étonna mais accepta. Elle prit le médaillon du jeune garçon dans sa main et l’examina de plus près. Elle le retourna, il était gravé des lettres « A » et « W », comme sur le sien. Elle glissa un ongle dans la fente pour l’ouvrir… il y avait deux photos, celle d’une femme à gauche et d’un homme à droite, mais ce n’étaient pas celles de ses parents.
- C’est ma mère et mon père.
- Anna et Wojciech… A et W sont les initiales des prénoms de tes parents…
A cet instant, Aleksandra compris la raison de sa venue dans ce monde. Ce médaillon était la clé de son énigme, le lien qui la reliait à ce petit garçon qui se trouvait à ses côtés. Elle connaissait aussi l’histoire de ce médaillon, elle l’avait entendue dans son enfance, racontée par sa propre mère.
14 avril 2007
~° Rien n’est impossible - 11 °~
« A la vie à la mort, elle seule nous séparera ».
Aleksandra répéta cette phrase dans sa tête tout en se remémorant le contenu de la lettre d’Anna :
« Tu dois te douter auquel je fais allusion ? A notre code, ce que l'on s'est promis ce soir d'été, notre serment… »
Cette phrase était le code à utiliser. Aleksandra en était persuadée, comme si elle l’avait toujours su, comme s'il était gravé dans son âme, dans son cœur ; elle ne l’avait jamais oublié, il lui revenait à l'esprit telle une révélation.
- Oui, c'est lui ; c'était notre serment…
- Votre serment ? Lui répondit Mikolaj étonné.
- Je ne peux pas t'en dire davantage Mikolaj, c'est un secret de jeunes filles et je ne pense pas que ta mère serait très contente si je te dévoilais l'un de ses secrets… Plus tard, peut-être t'en parlera-t-elle…
Leur conversation fut interrompue ; quelqu’un venait de frapper à la porte. Aleksandra et Mikolaj se regardèrent surpris. Aleksandra peut-être même plus que son jeune compagnon, puisque jusqu’à cet instant, elle n’avait pas été confrontée au monde extérieur, aux autres hommes et femmes de cette époque.
Malgré son inquiétude, elle s’approcha silencieusement vers la porte. La personne derrière la porte frappa à nouveau… Fallait-il ouvrir ? Aleksandra ne pu s’y résoudre et préféra attendre le départ du trouble fait. N’obtenant aucune réponse de la part des occupants de la maison, le messager glissa une enveloppe sous la porte puis, repartit. Aleksandra se baissa pour la ramasser. Elle lui était destinée ; elle reconnu l’écriture d’Anna.
Ma chère Aleksandra,
Je vais être très rapide car le temps nous est compté. Je sais que tu es avec Mikolaj, je vous ai vu arriver l’un après l’autre hier… Comme je te l’expliquais dans ma dernière lettre, Mikolaj doit partir de ce pays afin d’être définitivement en sécurité, si tant est cela soit possible…
Alors voilà, il te reste peu de temps ; tu dois te rendre à la gare dès que tu auras cette lettre. Arrivée sur place, tu devras t’adresser au contrôleur du train et uniquement à lui, pas à son adjoint. Tu le reconnaîtras facilement, il est moustachu et a une cicatrice sur la joue gauche. C’est un ami d’enfance en qui tu peux avoir entièrement confiance. Il se prénomme Aleksy. Lorsque tu l’auras trouvé, fait mine de lui demander un renseignement et glisse lui dans la conversation, le début de notre serment ; il devra t’en donner la suite mot pour mot. De cette façon, il saura qui tu es et pourra vous prendre en charge, Mikolaj et toi. Garde un œil sur lui, il est la seule personne qui puisse t’aider lors de ce voyage ; il t’en expliquera la suite et ton retour, en cours de route. Le tien s’arrêtera à la troisième gare et se poursuivra pour Mikolaj. Je place tous mes espoirs en toi, pour lui faire comprendre qu’il est indispensable qu’il aille jusqu’au bout cette fois-ci.
Je t’ai tout dit. Ne tarde pas car le train partira à 14h30.
Dis à Mikolaj que je l’aime très fort, que je l’embrasse et qu’il doit absolument t’écouter. Dis lui aussi, que son frère et sa sœur sont arrivés à destination et que dans les jours prochains, ils pourront s’écrire.
Sache que je te serai éternellement reconnaissante de l’aide que tu as bien voulue nous apporter en acceptant de t’occuper de notre fils.
Je t’embrasse bien fort ma très chère Sacha.
Anna
- Qu’est-ce que c’est ? Demanda Mikolaj.
- Un message de la mère. Elle nous donne la procédure à suivre pour quitter cette ville et te permettre de partir quelques temps à l’abris. Allez, allez ! Il faut se dépêcher, le train part à 14h30. On a plus de temps à perdre. Prends quelques affaires…
- Je reprends le sac d’hier ?
- Oui, ta maman avait dû prévoir le nécessaire. Je vais emporter quelques provisions pour le voyage.
- Qu’est-ce maman dit d’autre ?
- On a vraiment peu de temps Mikolaj, on en reparlera en route…
- D’accord, répondit-il déçut en filant dans sa chambre.
Aleksandra alla dans la cuisine ; elle prépara quelques tartines avec du lard et d’autres avec la confiture de prunes. Elle emballa le tout dans un torchon qu’elle enfourna dans une gibecière en cuir trouvée dans un placard de l’entrée. Elle se dépêcha de passer sur elle les vêtements rangés dans l’armoire de la chambre d’Anna, de récupérer le sac à main resté sur le lit et son manteau.
- Mikolaj, tu es prêt ?
- J’arrive…
- Dépêche toi, il ne faut surtout pas rater le train !
Mikolaj accouru dans l’entrée de la maison en enfilant son manteau d’une main et en tenant son baluchon de l’autre.
- Allez, en route jeune homme ! Et cette fois-ci, il ne faudra pas revenir… Tu es bien d’accord ? Ta mère ne pourra plus rien faire pour t’aider ensuite, Mikolaj, et moi non plus.
Ils sortirent de la maison. Aleksandra referma la porte à clef et la mit dans son sac. Comme elle ne connaissait pas du tout la ville où elle se trouvait, et encore moins la direction de la gare, elle demanda à Mikolaj de la diriger.
- Tu me donnes la main… Tiens, c’est toi oui va nous conduire jusqu’à la gare, parce que, tu sais, cela fait très longtemps que je ne suis pas venue… Hier, j’ai du demander mon chemin à plusieurs reprises.
02 avril 2007
~° Rien n’est impossible - 10 °~
Assise à même le sol et recroquevillée, Anna tentait de réchauffer son corps engourdi par le froid, en soufflant dans ses mains, en les frottant l’une contre l’autre, en tapotant ces bras et ses jambes… Elle devait par tous moyens éviter de sombrer dans une somnolence qui pourrait lui être fatale.
Quelle heure pouvait-il être ? Elle n’en avait aucune idée mais cette attente lui semblait interminable. Elle regarda sa montre ; il était plus de 21 heures. Mikolaj doit avoir été pris en charge à cette heure-ci, il doit être à l’abri maintenant ; il ne viendra plus, pensa-t-elle.
Elle s’apprêta à se relever pour abandonner sa planque, lorsqu’une ombre dans la rue déserte apparue. Anna n’osa plus bouger. Elle observa cette ombre avancer doucement en direction de sa maison. Les battements de son cœur s’accélérèrent tout comme le rythme de sa respiration. Elle avait un mauvais pressentiment… Mais elle ne voulait surtout pas imaginer que cette ombre puisse être celle de son fils. Pourtant, elle avait bien la taille d’une jeune personne.
Le bruit d’un chien courant dans la rue fit sursauter l’ombre, elle s’arrêta et se retourna. La lumière du réverbère éclaira son visage. Le cœur d’Anna se serra en apercevant le visage de son fils dans la lueur. Elle mit ses mains sur sa bouche afin d’étouffer son cris d’effroi.
« Mon Dieu Mikolaj, pourquoi ne m’as-tu pas écouté ? Pourquoi n’es tu pas rester dans ce train qui te conduisait vers la liberté ? Loin de tout cela, loin de cette guerre… Pourquoi Mikolaj, pourquoi ?
Elle le regarda pénétrer à l’intérieur de la maison, lui envoya un baiser et le laissa disparaître derrière la porte. Désespérée, elle ne pouvait se résigner à partir. Le cœur meurtrit, elle pleurait en silence, seule dans la nuit sombre qui envahissait l’endroit. Elle se reprit au bout de quelques minutes et décida de rejoindre Wojciech qui devait s’inquiéter de son absence.
Il fallait faire très attention, des patrouilles avaient lieu plusieurs fois dans la nuits et tout contrevenant au couvre feu imposé, était arrêté et emprisonné sans plus d’égard. Discrètement, elle emprunta toutes les petites rues et impasses de la ville qu’elle connaissait, afin de récupérer son vélo caché aux abords de la forêt. Munie d’une lampe de poche enfouie à l’intérieur de son manteau, qu’elle allumait par intermittence, elle longea les murs et réussit à quitter la ville sans difficulté. Elle enfourcha son vélo et pédala de toutes ses forces pour regagner au plus vite le point de rendez-vous avec son époux.
C’était en pleine forêt, dans une scierie désaffectée ; plus personne ne venait ici, d’ailleurs rares étaient les gens qui en connaissaient l’existence. Elle avait appartenue au grand-père de Wojciech et était devenu le repère d’une poignée d’hommes et de femmes refusant la suprématie des envahisseurs.
A quels mètres de l’usine, Anna s’arrêta, sortit sa lampe de poche et fit un code auquel elle reçu un signal de réponse. C’était Wojciech. Inquiet, il était sorti dehors pour l’attendre. Lorsqu’elle fut à sa hauteur, elle se précipita dans ces bras en sanglots. Wojciech n’avait pas besoin de lui poser de question. Il avait deviné la situation.
- Calme toi, on va trouver une solution. On va faire tout ce qui sera en notre pouvoir pour faire quitter le pays à Mikolaj.
- Aleksandra est là aussi...
- Alors, on va les aider, je te le promets. Klara et Ryszard sont bien partis, comme prévu. Ils m’ont promis qu’ils iraient jusqu’au bout et ne se sépareraient pas. Dans quelques jours on aura de leurs nouvelles par notre contact, mais tu peux être rassurée pour eux.
Dans la chambre, Aleksandra et Mikolaj poursuivait leur discussion. Mikolaj devait tout raconter afin de permettre à Aleksandra d’élaborer leur fuite. Anna avait bien parler d’un second voyage mais sans apporter plus de précisions : pas de date, pas d’horaire, pas de code. Sans code, ils ne pouvaient rien faire.
- Mikolaj, dans son courrier, ta mère me parle d’un code qu’il faudrait utiliser auprès du contact seulement je suis embêtée, parce que dans nos jeux, on avaient deux codes… Tu saurais me dire lequel utiliser ? Ta mère, te l’a-t-elle confié ?
- Maman, avant de monter dans le train est partie voir un homme qui s’occupait du train. Et puis quelques minutes après, un autre homme est arrivé. Il lui a dit bonjour et ensuite, j’ai pas bien compris pourquoi, il lui a demandé « Qu’écoutent les jeunes filles aujourd’hui ? » et maman lui as répondu « A la vie à la mort, elle seule nous séparera ». Ensuite, il nous a fait monter dans le premier wagon, je devais y rester jusqu’au bout… Tu crois que c’est çà le code ?
09 mars 2007
~° Rien n’est impossible - 9 °~
Elle hésita un petit moment. Rose était son vrai prénom mais si Mikolaj l’appelait Aleksandra, elle risquerait de ne pas réagir… D’un autre côté, elle n’existait pas dans cette vie et elle n’avait aucun moyen de justifier son identité auprès des autorités. C’était la guerre, elle était en Pologne, où exactement elle ne le savait pas, mais ce qui était sûr, c’était qu’au moindre contrôle, si Mikolaj l’appelait Rose, cela éveillerait les soupçons… Et là, Dieu seul sait ce qu’ils deviendraient !
Une nouvelle inquiétude lui vint à l’esprit : quelle était la religion de Mikolaj ? Était-il juif ?
Elle se rappelait qu’à la veille de la seconde guerre, la Pologne était un des pays européens comptant une des plus fortes populations juives… Elle se souvenait aussi du ghetto de Varsovie, des camps de la mort : Auschwitz, Treblinka, Sobibor… Elle frissonnait rien qu’à l’idée d’être confrontée à leur persécution, à tous ces terribles évènements…
La religion de Mikolaj lui importait peu, elle savait qu’elle devait le sauver, elle ferait tout ce qui serait en son pouvoir pour le faire, mais elle se rappelait aussi de toutes ces règles concernant les juifs : l’obligation de s’identifier, de devoir porter un brassard avec l’étoile de David…
Etait-ce déjà le cas ou bien était-ce encore trop tôt ?
C’était d’ailleurs peut-être à cause de cela qu’Anna avait si peur… Puis Rose se ravisa. Si Anna et sa famille avaient été juifs, elle n’aurait jamais abandonné ses enfants, ils seraient partis tous ensemble…
A travers le miroir de la coiffeuse, son regard s’arrêta sur le pan de mur portant la tête de lit ; juste au-dessus, en son milieu, un crucifie y était accroché. Elle ne pu s’empêcher de faire le signe de croix en le découvrant et de laisser sortir de sa bouche un soupir de soulagement.
Mikolaj, dont elle semblait avoir oublié la présence le lui rappela en montant le ton.
- Alors… Comment faut-il que je t’appelle maintenant ?
- Ah oui, excuse moi… Je pensais à ta mère. Appelle moi Aleksandra. Après tout, je suis ta marraine et c’est ainsi que je me nomme. Il faut que tu t’y habitues, alors autant commencer tout de suite. Et moi aussi, pensa-telle.
- Pourquoi maman voulait elle que tu viennes ? Elle te l’a dit ? Tu l’as vue ? Elle va revenir ? Dis moi, est-ce que Maman va revenir ?
- Non Mikolaj, je suis désolée de te le dire, mais ta maman ne reviendra pas… En tout cas pas tout de suite, pas avant plusieurs semaines et même certainement, plusieurs mois. Tu le sais bien, elle te l’a expliqué, c’est pour cela qu’elle voulait que tu partes dans cette ferme, c’était pour que tu sois à l’abri, loin de la guerre, pour qu’il ne t’arrive rien… Mais, comme elle le redoutait, tu ne l’as pas écoutée… Tu es revenu et maintenant tu es tout seul. Enfin, tu aurais été tout seul si je n’étais pas venue. Car, en fait, c’est pour cela qu’Anna, ta maman, m’a écrit. Pour que je m’assure que tu ne rentres pas…
Mikolaj, tête baissée, regardant ses pieds, était tout penaud. Il regrettait assurément d’avoir désobéit ; il n’avait pas mesuré l’ampleur et les conséquences de son comportement.
- Je voulais juste retrouver maman, rester avec elle, marmonna-t-il.
- Oui, mais si je n’étais pas venue, qu’est ce que tu aurais fait ? Qu’est-ce que tu serais devenu ? Hein ?
- Je… Je ne sais pas… Balbutia-t-il.
- Allez, n’en parlons plus. On va trouver une autre solution. Ta maman avait prévu un second voyage et cette fois-ci, il faudra aller jusqu’au bout, ne pas faire demi tour… C’est bien compris ?
- D’accord Rose.
- Nooon…
- D’accord Aleksandra, se reprit Mikolaj.
La nuit tombait doucement, les journées devenaient de plus en plus courtes en ce début du mois d’octobre. La grisaille, la pluie, le froid et parfois la neige, faisaient parti du quotidien des habitants de cette petite ville de Pologne située à quelques kilomètres au nord de Varsovie. Dans la rue, cachée à l’abri de tous les regards dans un entrepôt désaffecté, une femme surveillait l’entrée des maisons face à elle. Elle était là depuis plusieurs heures, guettant les allées et venues de toutes les personnes s’approchant plus particulièrement d’une petite maison aux volets fermés, et dont le physique s’accordait à celui d’une femme ou d’un jeune garçon.
La clarté du jour disparaissait et il était de plus en plus difficile de faire la distinction entre les hommes, les femmes et les enfants. Tous prenaient maintenant la forme d’ombres sombres… Il faudrait bientôt renoncer à la surveillance de ces lieux, repartir poursuivre la mission qu’elle s’était fixée avec bien d’autres, loin de cette ville, loin de cette vie… Une vie faite d’incertitudes, de risques, peut-être sans lendemain serait la sienne au moment même où elle se retournerait et quitterait cet endroit.
Anna, puisqu’il s’agit bien d’elle, était venue se cacher tout prés, en face de sa maison, après avoir mis au train son fils afin de s’assurer qu’il ne reviendrait pas. Elle était frigorifiée et soufflait dans ses mains pour tenter de se réchauffer un peu. Lorsqu’elle releva la tête, une ombre s’avançait d’un pas hésitant en direction sa demeure. Son cœur s’accélérait, elle pria en joignant ses mains pour que ce ne soit pas son fils. A quelques mètres de là, elle reconnu son amie de toujours au travers de la lumière du jour qui commençait à se faire très rare, entremêlée à celle des reverbères. Aleksandra ne l’avait pas laissée tomber, elle était venue, elle allait pouvoir aider son fils s’il rentrait. Elle savait que rien n’était pour autant résolu, mais si Mikolaj revenait, il ne serait pas seul. Elle aurait tant aimé courir vers Aleksandra, se jeter dans ses bras, la serrer de toutes ses forces, l’embrasser jusqu’à n’en plus pouvoir pour lui montrer toute sa reconnaissance, toute sa joie de la revoir. Lui dire merci aussi, merci d’être venue, merci d’être là, merci de l’aider… Mais malheureusement, c’était impossible... Plus tard, dans quelques mois...
Elle vit Aleksandra ouvrit la porte avec la clef qu’elle lui avait envoyée, puis disparaître. Anna était soulagée mais ne voulait pas pour autant partir tout de suite. Elle préférait prolonger son attente encore quelques minutes, quelques heures, afin d’être persuadée que son fils ne reviendrait pas, qu’il était bien resté dans le train, qu’il arriverait à destination, comme prévu.
12 février 2007
~° Rien n’est impossible - 7 °~
Rose alla s’asseoir sur le lit avec le sac et son contenu en main. Elle posa le tout et s’empressa de regarder les papiers. Ils étaient au nom de « Aleksandra Riszkierska ». Sur la photo noir et blanc, le visage d’une jeune femme que Rose cru reconnaître ; le teint pâle, les yeux clairs, grands, les sourcils bien dessinés, pas trop épais, le nez légèrement retroussé, la bouche assez grande, les lèvres rebondies, le visage ovale avec une longue chevelure ondulée, certainement blonde et attachée en arrière. Elle avait le charme des vieux portraits d’avant guerre où les gens posaient de façon angélique. Elle se rapprocha du miroir de la coiffeuse et constata une ressemblance très prononcée avec la jeune femme de la photo. Elle ne fut pas surprise. En fait, cette découverte la rassurait, elle lui fournissait une explication à sa présence en ces lieux, à ce voyage dans le temps.
Petit à petit, les pièces du puzzle commençaient à s'assembler. Elle devait être « Aleksandra Riszkierska », elle se trouvait chez les parents de Mikolaj, peut-être était-elle de leur famille, de leurs amis. Elle referma le document et prit l’autre photo. Elle était aussi en noir et blanc. Dessus deux jeunes filles, elles devaient avoir une quinzaine d’années, peut-être un peu moins. Elles étaient dans un jardin, certainement en été car il y avait de nombreuses fleurs derrière elles, des roses semblait-il. Au loin, une belle demeure aux pierres blanches. Elles souriaient, elle se tenaient par la taille et semblaient très complices, elles semblaient très heureuses aussi. Elle retourna la photo et découvrir une inscription écrite à la plume : « Eté 1920 – Aleksandra et son amie Anna ». Elle reposa la photo et attrapa l’enveloppe. Elle en sortit la lettre s’y trouvant à l'intérieur et la déplia soigneusement. Elle était signée d’Anna, la mère de Mikolaj. Elle la lue à voie base et tout en la lisant elle entendait la voie d’Anna raisonner dans sa tête.
Ma chère Sacha, ma très chère amie,
Combien de fois avons nous eu besoin l'une de l'autre, combien de fois, nous sommes nous aidées, malgré nos craintes, malgré nos mondes différents. Nous avons toujours été là l'une pour l'autre, respectant nos engagements, respectant notre pacte de sang fait à notre enfance un soir d'été, nous avions 13 ans…
T’en rappelle tu ? Bien sûr… On se l’était promis.
Aujourd'hui je reviens vers toi, je viens à nouveau solliciter ton aide. Je sais que la situation dans laquelle nous nous trouvons en ce moment ne te facilitera pas la tâche, mais je sais que tu seras là pour moi, comme je l'ai toujours été pour toi par le passé alors que tu traversais une phase très difficile dans ta vie. Et puis peut-être que la position de ton père pourra te simplifier la tâche… Je l’espère en tout cas, car ce n'est pas de moi dont il s'agit cette fois-ci, mais de mon fils, de ton filleul, Mikolaj, mon tendre Mikolaj.
Wojciech, mon cher époux et moi-même ne pouvons plus assurer la sécurité de nos enfants, ils doivent partir, nous devons les abandonner, les envoyer en lieu sûr. S'ils restaient avec nous leur vie serait en danger. Mais Mikolaj est le plus jeune, je crains qu'il ne veuille pas s'enfuir et qu'il retourne à la maison bien que nous l'en ayons dissuadé et interdit... Il n'a pas compris la gravité de la situation, nous ne lui avons pas tout dit non plus... C'était trop dangereux, je ne pouvais pas le mettre en péril ; je ne voudrais pas te porter préjudice en t'en écrivant davantage, nous devons partir sans eux, c’est tout. C’est mieux pour tous. Si l’avenir veut nous donner la chance de les revoir, la chance de te revoir aussi, alors je pourrai tout expliquer. Pour le moment c’est impossible.
Nous avons tout organisé. J'ai pris contact avec certaines personnes afin de faire partir Mikolaj à l'étranger, il séjournera dans une famille d'accueil en échange de travaux à la ferme. Certes, cela compromet terriblement tout espoir d'études, mais il échappera à la réalité de cette terrible guerre, il bénéficiera d'un toit, de la nourriture et sera en sécurité tant que la guerre durera. Après, nous pourrons le récupérer.
Nous n'avons pas pu les laisser ensemble, les familles ne pouvaient pas accueillir trois enfants, ils seront donc séparés et ne pourront pas se soutenir mutuellement. C’était la seule solution, elle a été difficile a trouvée, difficile à organiser et nous n’avions pas d’autres choix.
Mikolaj doit prendre un train dans deux semaines, je le conduirai moi-même à la gare, pendant que Wojciech s'occupera de son frère et de sa soeur aînés. J'attendrai que le train parte afin de m'assurer qu'il reste bien dedans. Ensuite moi-même je devrai partir, peu importe où, et Wojciech me rejoindra plus tard lorsqu'il aura terminé. On ne rentrera pas chez nous, pas avant plusieurs jours, même plusieurs semaines, voire plusieurs mois, l'avenir nous le dira...
C'est pour cela que j'ai besoin de toi Sacha. Je voudrai, si tu es d'accord et si tu le peux, que tu viennes chez nous y habiter quelques jours ; le temps d'être certaine que Mikolaj ne revienne pas. Il sera pris en charge par une personne de confiance à la troisième gare et là, plus d'inquiétude ; mais avant cela, il pourrait très bien profiter d'un arrêt pour descendre du train et faire le chemin inverse pour rentrer. Il se retrouverait alors tout seul et donc à la merci de tout. Je ne te demande pas de récupérer et de le garder s’il rentrait, mais seulement de t'assurer qu'il ne rentre pas. Passé une semaine, je pense que tu pourras retourner chez toi et retrouver les tiens.
Au cas où Mikolaj revenais, parce j'ai prévu cette éventualité avec mon contact, je te demanderai de le raccompagner au train suivant, de faire le voyage avec lui jusqu'à sa prise en charge. Voilà, c'est tout. Ca semble peu, mais pour moi c'est énorme. Il en va de la vie de mon fils et je serai dans l’incapacité de faire quoique ce soit pour lui sans risquer de… Je ne peux en dire plus. Fais moi confiance. Tu me connais, tu connais mon histoire, mes convictions. Soit persuadée que tout je que je ferai, tout ce que nous ferons est dans l’intérêt de tous.
Avant d'oublier, un code est à fournir au moment de la prise en charge par notre contact ; tu dois te douter auquel je fais allusion ? A notre code, ce que l'on s'est promis ce soir d'été, notre serment…
Je t’aime ma Sacha, j’aimerai tant pouvoir te serrer dans mes bras en ce moment. J’aurai tant aimé te revoir avant mon départ. Te dire à quel point je pense à toi, tous les jours depuis que nous nous sommes éloignées. Te dire que je suis inquiète pour notre avenir, que j’ai peur, très peur de ce qui pourrait arriver, mais que je dois le faire. J’espère au plus profond de mon cœur, que nous nous reverrons lorsque tout sera finit, lorsque cette guerre qui vient briser notre tranquillité, notre bonheur, se terminera.
Je t’embrasse tendrement ma chère amie, ma très chère Sacha.
Anna
27 janvier 2007
~° Rien n’est impossible - 6 °~
Elle se dépêcha de terminer son affaire, garda la feuille de journal en main et sortit avec la ferme intention d’avoir une discussion avec Mikolaj. Elle fit quelques pas puis s’arrêta soudainement. Elle approcha le feuillet de ses yeux et s’attarda à nouveau sur l’article. Quelque chose la tourmentait… Sans trop savoir ce que c’était, ni de quoi il s’agissait, mais elle savait que c’était lié à ce bout de papier. Elle lu et relu l’article, phrases à phrases, mots à mots, lettres à lettres… Puis finit par découvrir ce qui la tracassait.
Le journal qu’elle venait de lire, de relire, d’analyser n’était pas écrit en français. Il n’était pas non plus écrit en anglais, ni même en allemand, en espagnol ou en italien. Il était écrit en une langue étrangère, qu’elle ne connaissait pas mais qu’elle avait réussi à lire et à comprendre.
Cette surprenante découverte l’immobilisa sur place. Comment pouvait-elle lire, comprendre une langue qu’elle n’avait jamais apprise, jamais étudiée ? Avait-elle reçu ce dont lors de ce voyage dans le temps, avait-elle pris l’identité de quelqu’un d’autre, une immigrante ? Etait-elle quelqu’un d’autre ?
Elle releva la tête et regarda en direction de la porte vitrée. Mikolaj était derrière, il lui faisait signe de rentrer, mais Rose ne le voyait pas. Le regard vide, elle fit un tour sur elle-même, s’interrogeant sur l’endroit où elle se trouvait. Il ne lui rappelait aucun lieu où elle était déjà venue, aucun lieu de son enfance. Cela n’était pas étonnant, après plus d’un demi siècle les endroits changent, évoluent, surtout après la guerre et ses ravages.
Elle n’entendit pas Mikolaj l’appeler.
- Rose… Rose ! Dépêche toi, il ne faut pas rester trop longtemps dehors ! Vite, vite rentre maintenant Rose. Je t’en pris, dépêche toi !
Ne la voyant pas bouger, Mikolaj décida d’aller la chercher. Une fois à sa hauteur, il lui pris la main et l’entraîna vers la maison. Il la fit s’asseoir dans la cuisine et lui servit les dernière gouttes de café. Il l’obligea à boire ce qui la fit sortir de sa léthargie. Elle saisit les mains de l’enfant, les frotta entre les siennes en essayant se contenir et en cherchant ses mots. Enfin, elle releva la tête, elle le regarda dans les yeux et anxieusement, presque en le suppliant, elle lui demanda :
- Mikolaj, où sommes nous ?
- Nous sommes chez moi, dans ma maison, chez mes parents. Ils ne sont pas là, mais ils vont revenir. T’as bien vu, Maman avait tout préparer, c’est qu’elle va revenir…
- Non Mikolaj ! Lui cria-t-elle en perdant son sang froid. Cà je le sais ! Où sommes nous réellement ? A quel endroit ? Dans quel pays ?
Mikolaj ne répondit pas. Stupéfait par le comportement de son amie, irrité par ses questions déplacées, il s’éloigna d’elle. Reculant jusqu’au mur, il croisa ses bras, baissa sa tête et regarda ses pieds. Il serra des dents, se mordit l’intérieur de la joue afin que cette douleur ne laisse pas paraître davantage sa contrariété. Son visage c’était rapidement assombrit ; le bleu de ses yeux avait laissé place au gris anthracite, il fronçait le regard en direction de Rose. Ses lèvres effectuaient de petits mouvements d’avant en arrière, il faisait rouler entre ses dents un morceau de joue qu’il mordillait.
- Dis moi où nous sommes, Mikolaj, insista-t-elle. Je dois savoir. Où sommes nous… Je t’en pris, dis le moi…
- En Pologne. Lui répondit-il d’une voix à peine audible, au bout de quelques minutes d’attente qui semblèrent une éternité pour Rose.
- En Pologne ! Nous sommes en Pologne ! Je suis en Pologne… Tu es polonais… Tu parles le polonais et moi aussi…
- Ben oui… Où veux-tu que l’on soit, lui répondit-il naturellement.
La tête entre ses mains, les coudes posés sur la table de la cuisine, Rose ressassait les mêmes phrases devant Mikolaj resté dans son coin et consterné par son attitude. « J’deviens folle ! Ce n’est pas possible ! C’est impossible, je rêve… Je vais me réveiller… » Elle se frottait le visage, tirant ses cheveux en arrière et poursuivant ses propos divaguant. « C’est un cauchemar ! Je vis un vrai cauchemar… J’vais me réveiller… »
Mikolaj ne comprenait plus rien. Rose avait perdu la tête. Elle l’inquiétait et il ne se sentait plus en sécurité auprès d’elle. Il s’était retrouvé par le plus grand des hasards avec quelqu’un qui devait l’aider à rechercher sa mère, mais cette personne était devenue folle. Qu’allait-il faire, qu’allait-il devenir ? Il était à nouveau seul, perdu, sans personne pour le secourir. Les larmes commencèrent à envahir son visage. Assis par terre contre le mur, la tête entre les genoux, Mikolaj pleurait à chaude larmes. Rose l’apercevant dans cet état, se ressaisit et alla le retrouver.
- Excuse Mikolaj… Excuse moi, je ne voulais pas t’inquiéter ou te faire peur… mais tu sais… tout çà est nouveau pour moi… J’arrive chez toi… je te connais à peine, je dois retrouver tes parents, ta maman… C’est la guerre, et… et… çà fait beaucoup de choses. J’ai paniqué, mais… arrête de pleurer… On va y arriver… on va s’en sortir. Toi et moi, tous les deux, ensemble, on va s’en sortir. Lui relevant la tête, le regardant droit dans les yeux : je te le promets, je vais t’aider.
A ses paroles, l’enfant se jeta à son cou et la serra de toutes ses forces. Il restèrent enlacés l’un et l’autre pendant plusieurs minutes, avant que Rose ne reprenne la parole.
- On va s’habiller et je vais réfléchir au moyen de retrouver tes parents. On va parler aussi, après Mikolaj. Il faut que j’en apprenne un peu plus sur tes parents pour t’aider à les retrouver. Allez vas y, va t’habiller.
Mikolaj partit dans sa chambre et Rose dans celle où elle s’était réveillée quelques heures auparavant. Elle commença à chercher dans les tiroirs et dans l’armoire des indices lui permettant d’en savoir un peu plus sur cette famille. Elle trouva un sac à main. Elle le sortit de l’armoire et l’ouvrit. Il avait un peu d’argent, une enveloppe, une photo et des papiers d’identité.