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Devant moi... Au fil du temps
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8 décembre 2006

~° Rien n’est impossible - 3 °~

Les épisodes précédents

 

Rose, puisqu’elle s’appelait ainsi, repris doucement ses esprits. Les seuls souvenirs qui lui restaient « d’avant » étaient ceux de la panne d’électricité ; ce « clac » qui résonne encore dans sa tête, puis le noir absolu. Sa discussion avec ses voisins de palier lui confirmant la panne d’électricité générale, l’appel à son mari une fois couchée… Contrainte et forcée, elle s’était rapidement laissée emporter par le sommeil.

En passant sa main pour soulever le drap et sortir du lit, elle découvrit des initiales brodées sur le drap. Cela lui rappelait les draps de sa propre grand-mère, en coton blanc, plus épais que ceux que l’on trouvaient maintenant, difficile à faire sécher et encore plus difficile à repasser. Elle retourna le coin du drap qui se trouvait à l’envers, afin d’en lire les initiales : « A - S ».
Le « A » devait correspondre au prénom et le « S » au nom de famille.
 

Un léger sourire vint sur ses lèvres, se rappelant qu’à l’époque de sa grand-mère, et même de sa mère, ces draps brodés, tout comme les torchons de cuisine ou les serviettes de table, faisaient parti de la dote d’une jeune fille. Celle-ci devait broder son trousseau qui devait être confectionné avant le mariage, parfois, avant même d’avoir choisit son futur époux.

Elle répéta à voix haute les initiales. « A…S… Qui cela peut être ? Je ne vois personne dans mon entourage portant un prénom débutant par un « A ». Alice, Annie, Amélie, Alexandrie…. » 

« Anna. C’est Anna… » Dit une petite voix étouffée.  

Rose tourna sa tête dans la direction de la voix. Les draps et la couverture se mirent à bouger. L’enfant réveillé, quelques minutes auparavant par le cri de Rose, n’avait osé sortir. Certes cette femme l’avait cajolé la nuit dernière, mais il ne la connaissait pas. Elle avait peut être enlevé sa mère, son père, leur avaient peut-être fait du mal… Tant qu’elle ne se rappelait pas de sa présence, il ne bougerait pas. Puis il s’était raisonné, il l’avait entendu prononcer les initiales. Sa voix était douce et calme, elle ne pouvait pas être méchante… Son cri signifiait aussi qu’elle avait peur, enfin, il le supposait. Tranquillisé, il avait décidé de montrer son nez. 

En apercevant le visage tout maigre et pâle de l’enfant, recouvert du drap sur la tête tel un foulard, Rose lui fit un sourire rassurant. « Comment t’appelle mon petit ? » lui demanda-t-elle doucement afin de ne pas l’effrayer.  

Encore sur ces gardes, l’enfant n’osa répondre tout de suite à cette femme. Il la regarda, l’examina. Elle ne ressemblait pas aux femmes qu’il avait vues jusqu’à présent, elle était beaucoup plus gracieuse. Son visage était fin, raffiné. Ses yeux étaient bleus foncés, ses cheveux étaient longs et blonds, le teint clair mais pas aussi rosé que le sien. Elle lui rappelait les dessins de princesses des livres de comte que sa mère lui lisait lorsqu’il était petit. Il la trouvait très belle… Comment une femme aussi belle, pouvait avoir enlevé ses parents et lui vouloir du mal ?

Non, elle ne pouvait être malintentionnée. 

- Mikolaj. Je m’appelle Mikolaj.

- Mikolaj ?

- Oui, Mikolaj… c’est mon prénom. Et vous, comment vous appelez-vous ?

- Moi, c’est Rose. En fait, mon vrai prénom est Roseline, mais je ne l’aime pas, je préfère Rose, c’est plus joli. Tu ne trouves pas ?

- Si madame.

- Appelle-moi Rose, Mikolaj, c’est plus simple.

- D’accord… Se sentant plus en confiant, Mikolaj sortit de sous les couvertures et s’assit face à Rose.

- Quel âge as-tu ?

- J’ai dix ans madame… Euh non, Rose.

- Dix ans ? Je t’en aurais donné moins, tu fais plus jeune tu sais. Dit-elle en plaisantant un peu afin de mettre l’enfant plus à l’aise.  

Le visage de Mikolaj s’éclaira d’un sourire. Rose remarqua l’intensité du bleu de ses yeux. Ils lui rappelaient ceux de son frère, un bleu très clair, presque transparent, tel la couleur des aigues marines. Sa bouche était fine, rose sang et une petite fossette se créait à chaque mouvement de lèvres. Ses cheveux châtain clair, raids et un peu long recouvraient ses oreilles très légèrement décollées. Une mèche rebelle revenait sans cesse cacher son œil gauche, obligeant Mikolaj à la remettre inlassablement en arrière.  

- Mikolaj, qui est Anna ?

- Anna ? C’est ma maman. C’est le prénom de ma maman...

Et d’une voix tremblante, ajouta : « Mais je ne sais pas où elle se trouve… Je ne sais pas où est partie ma maman… J’ai peur qu’il lui soit arrivé un malheur… »

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