Le ßlog maudit ~ Episode 3
Tout avait commencé en allant sur le blog maudit, avec ces gens, leur message… Je devais donc y retourner, l’affronter, mettre fin à ces agissements.
Installée devant mon ordinateur, j’ai consulté l’historique de mes navigations de la veille ; en vain car après avoir cliqué sur tous les liens qui y étaient mémorisés, aucun ne me ramenait dessus. Il fallait pourtant y retourner, même si cela devait me prendre des heures, des jours… De toute façon je ne gênais personne, je ne manquais à personne & je n’avais surtout, pas d’autre choix. Je parcourrai la blogsphère toute entière s’il le fallait.
En aurai-je le temps ?
Autant ne pas y penser, seulement se concentrer sur mes recherches et sur la résolution de la malédiction. Après d’innombrables clics sur tous les cookies stockés sur mon disque, j’ai vu s’afficher devant moi les fameuses animations hypnotisantes, aux couleurs si ensorcelantes. J’exultais, j’avais réussi… Presque réussi car je devais trouver comment mettre fin à cette fichue malédiction pour revenir parmi les miens.
La scène de la veille se reproduisait, mêmes personnages, même frayeur, même message… Je scrutais minutieusement les rubriques à l’écran, les différentes notes et leurs commentaires afin de trouver un indice me permettant de me sortir de là. Je suis remontée ainsi sur un article datant d’un an en arrière, pratiquement jour pour jour. Alors que toutes les autres notes se rapportaient à des phénomènes inexpliqués, à diverses images de cataclysmes ou d’apocalypses, celui-ci s’intéressait à la résolution et au déchiffrage d’énigmes au travers des mots & des termes utilisés, de leur ambiguïté, des messages codés, cryptogrammes, anagrammes…
Cette note n’était pas là par hasard, la solution à la malédiction était donnée dans l’avertissement… Elle était devant les yeux des visiteurs qui devaient absolument la trouver pour s’en sortir.
J’ai attrapé une feuille de papier, noté le message initial pour l’analyser, le décrypter, mélangeant les mots et les lettres dans tous les sens, pour enfin composer un anagramme qui ne me satisfaisait pas pleinement mais qui pouvait avoir un sens par rapport à la situation dans laquelle je me trouvais. En désespoir de cause, je devais tenter ma chance car mes forces s’épuisaient ; me regardant dans le miroir, je voyais mon visage et mon corps perdre de leur consistance, devenir au fil des heures, de plus en plus transparent.
Dans peu de temps, je ne serai plus qu’un fantôme…
Pendant que je le pouvais encore, je suis retournée sur la toute première note où les personnages, figés de par mon absence, se sont relevés et approchés une nouvelle fois de moi.
Peut-être espéraient-ils aussi leur délivrance ?
J’ai cliqué sur le lien « Ajouter un commentaire ».
Au bout de quelques secondes, la fenêtre de saisie est apparue. Mes coordonnées étaient déjà présentes, il ne me restait plus qu’à insérer mon texte en croisant les doigts et priant le ciel qu’il soit bien la solution :
« Quand passant l’année, âme les visitera, les esprits volés s’enfuiront de l’univers parallèle. »
Dans un dernier effort, j’ai pu cliquer sur « Envoyer », mais mes forces m’ayant définitivement abandonnée, je n’ai pas eu le temps de voir ce qui s’est passé par la suite, et j’ai perdu connaissance.
Il faisait nuit lorsque j’ai récupéré mes esprits ; j’étais toujours devant mon ordinateur, toujours sur le même blog ; enfin c’était toujours la même adresse, mais le contenu n’avait plus rien avoir avec ce que j’avais pu consulter auparavant. Plus d’images de souffrance, de gens tristes et en larmes. Plus de sifflement strident. Seulement des images de champs inondés de soleil, de fleurs, de papillons, d’oiseaux volant dans le ciel bleu azur & sans nuage… J’entendais leurs chants s’unissant au coulis de l’eau claire d’un ruisseau. Des images inspirant la paix, la douceur et le bien-être.
Dans ma messagerie, des dizaines, des centaines de messages étaient non lus. Ce n’était pas du spam, mais des messages de remerciements de la part des différentes personnes piégées précédemment, que j’avais libérées sans le savoir.
Il y avait aussi ceux des cybers-justiciers ; ils avaient repéré des comportements douteux & suspecté la préparation d’une attaque imminente… Ils m’avaient envoyé un mail pour me prévenir, me proposant leur aide, juste avant de perdre ma trace, en éteignant très probablement mon ordinateur & perdant ainsi mon adresse IP… Dans ce dernier, ils me demandaient de témoigner ; j’ai accepté par la suite afin que ma triste expérience puisse servir leur cause.
Il était très tard lorsque je suis partie me coucher, mais j’étais heureuse d’avoir retrouvée mon univers enfin je l’espérais. Tout le monde était endormi dans l’appartement, personne ne pouvait savoir que j’étais revenue parmi eux.
Demain, peut-être… Certainement…