Le ßlog maudit ~ Episode 1
Une légende, un défis lancé sur le ßlog des équipières « La légende du blog maudit » :
« On dit que dans le cyberespace il existe un blogue maudit, malheur à celui qui lit ce blogue, malheur à celui qui y dépose un commentaire, sa vie ne sera plus jamais la même, il sera à jamais prisonnier de la malédiction virtuelle… Les rumeurs les plus folles circulent à propos de ce blogue. C’est une histoire que les blogueurs se racontent le soir en chuchotant sur leurs claviers…Beaucoup croient que ce n’est qu’une légende car ils ne l’ont jamais lu mais moi, je sais qu’il existe vraiment… »
Ma version étant un peu longue, je vais la publier en trois épisodes ; le premier ci-dessous, le deuxième demain soir & le dernier, samedi soir.
°oOo°
Dans l’univers de la blogsphère, les cybercrimes sont considérés comme particulièrement odieux, leurs procédés insidieux & très souvent virulents…
Pour les combattre, des équipes de fervents défenseurs du cyber-espace enquêtent & traquent ces crimes. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ils surveillent, analysent tous les flux & échanges électroniques… Chaque menace est examinée minutieusement, décryptée avant de se voir attribuer un niveau de criticité ; c’est à l’issue de cette étape que les alertes sont diffusées auprès des abonnés. Bien que totalement gratuit, ce service d’alertes est souvent méconnu de tout à chacun & beaucoup se retrouve piégé dans d’adjectes machinations.
Ces justiciers d’un autres temps utilisent des méthodes & des moyens hors du commun, généralement à la limite de la légalité, cependant leurs résultats ont permis de déjouer de nombreuses tentatives d’attaques, d’arnaques, de mettre fin à des forfaits exécrables… Tous ne sont pas évités, & les victimes, dans le meilleur des cas, ne peuvent qu’apporter leur témoignage lorsqu’elles en ont encore la faculté & le courage, auprès des membres de cette unité d’élite.
J’ai été l’une de ces victimes, voici mon histoire.
C’était début février, la soirée promettait d’être calme & tranquille. De celles que j’affectionne tout particulièrement, lorsque mon époux absent, je peux profiter de la sérénité du moment pour vivre selon mes envies. Souvent couleur nuit blanche devant l'ordinateur, je laisse mes idées noircir les pages à l'infini de mon écran, jusqu'à ce que la fatigue ou l'heure tardive me rappellent à l'ordre. J’abandonne alors mon ordinateur. Allongée sous la couette, les idées chahutent dans ma tête, puis, petit à petit, disparaissent, sauvegardées par mon inconscient.
Ce soir-là, j’avais décidé de changer mes habitudes & d’aller lire les blogs que j’avais plutôt déserté ces dernières semaines par manque de temps. Parcourir les notes récentes afin de prendre des nouvelles, lire leurs créations encore inédites pour moi : doux poèmes, palpitantes fictions, tendres récifs romanesques ou simplement feuilleter les carnets de leur vie. Déposer des commentaires d’encouragement, de sympathie, d’engouement, de ravissement… Découvrir de nouveaux venus, de nouveau liens… Naviguer sur cet océan sans fin que peut être la blogsphère, en toute insouciante.
De fils en aiguilles, je suis arrivée, je ne sais comment sur ce…
Je n’ose prononcer son nom tellement le souvenir de cette terrible aventure, a été traumatisant. Mon sang se glace dans mes veines, des frisons parcourent mon corps tout entier rien qu’en évoquant cet épisode… Mais je dois faire un effort. Je dois témoigner afin de permettre aux blog-amis, aux autres blogeurs, les actuels & les futurs, aux adeptes du cyber-monde, de prendre conscience de l’existence de cette menace & qu’un jour, elle pourrait venir ébranler leur vie, peut-être l’anéantir… Ces dangers, même s’ils n’évoluent que dans l’univers virtuel, sont réels. Pire, depuis peu, ils ont la capacité à passer d’un état à un autre par un phénomène de transmutation. Ils nous guettent continuellement ! Au détour d’un clic de souris sur un lien choisi au hasard, ils nous condamnent à devenir leur proie.
J’étais donc arrivée sur un blog aux couleurs très flamboyantes, aux animations étonnamment attirantes. Mon regard ne pouvait s’en détacher jusqu’au moment où elles se sont fondues à l’arrière-plan du blog qui lui-même s’est estompé, perdant toutes notions de couleurs ; seules les nuances de blancs, gris et noirs subsistaient, laissant apparaître des images de cataclysmes, de chaos… Des êtres de tous âges étaient représentés en larmes, leur visage était déformé par des grimaces d’une souffrance extrême. Ils se maintenaient les mains sur les oreilles comme pour éviter que leurs tympans n’explosent, à cause de ce sifflement strident qu’il me semblait presque entendre.
J’ai voulu interrompre la consultation de ce blog en essayant d’en sélectionner un autre et en fermant mon navigateur, mais rien n’y faisait ; il ne répondait plus. Même l’arrêt du système était rendu impossible. L’affichage restait bloqué sur l’une des images qui s’était agrandie en mode plein écran. Les personnages se sont animés. Ils se rapprochaient de la vitre de l’écran et me regardaient comme s’ils souhaitent s’adresser à moi. Des sons incompréhensibles, devenant des murmures plus perceptibles, sortaient de leur bouche… Ils récitaient, inlassablement, la même phrase sur un ton monotone comme une incantation. Bien que leurs paroles aient été audibles, je n’arrivais pas à les comprendre. Étrangement, les sons s’étaient amplifiés, devenant insupportables. À mon tour, je me suis retrouvée grimaçante devant l’écran & mettant mes mains sur les oreilles afin de les protéger.
Puis d’un seul coup tout s’est arrêté.
Le silence régnait dans mon appartement. Sur mon ordinateur, le blog avait disparu pour laisser place à ma page de messagerie indiquant l’arrivée d’un nouveau message. Échaudée, j’ai préféré abandonner la connexion, éteindre l’ordinateur & aller me coucher, en me disant que demain serait un jour meilleur.
Malheureusement cette mésaventure n’était pas terminée ; bien au contraire, elle ne faisait que commencer.