~° Rien n’est impossible - 15 °~
- C’est elle, oui c’est bien elle, cria-t-il d’un ton haineux, les yeux exorbités tout en dressant vers le ciel la canne qui utilisait pour l’aider à marcher. C’est elle qui aide les juifs à fuir ! Je l’ai entendue expliquer son plan… Mais où est le gamin ? Demanda-t-il en le cherchant du regard. Vous n’avez pas arrêté ce sale juif ?
- Il n’est pas juif ! Rétorquait Aleksandra indignée et prête à se jeter sur lui pour faire ravaler ses paroles venimeuses et régressives.
- Taisez-vous ! Vous parlerez quand on vous le demandera ! Ordonna le soldat en l’empoignant.
A cet instant, un homme qui semblait être leur chef, s’approcha du soldat un peu trop zélé. Il du certainement le reprendre sur son comportement car sa voix était ferme et très autoritaire. Leur conversation dura quelques minutes à l’issue desquelles le soldat regagna le reste de la patrouille.
Le chef se présenta devant Aleksandra et lui demanda ses papiers d’identité. Il s’exprimait en polonais ce qui la surpris beaucoup. Elle hésita un court instant puis farfouilla dans son sac pour lui tendre sa carte, d’une main légèrement tremblante. L’homme contrôla la photo de la carte tout en la dévisageant.
- Aleksandra Ryszkierska ? C’est votre nom ?
- Oui, c’est moi… Répondit-elle calmement.
- La photo n’est pas très ressemblante…
- Elle est un peu ancienne, j’étais plus jeune…
L’homme disparu emportant avec lui ses papiers et la laissant sous la surveillance de la troupe.
Aleksandra commençait à s’inquiéter. Le temps défilait, la nuit ne tarderait pas à tomber et elle devait absolument prendre le prochain train. Elle n’avait pas de plan de secours dans le cas où elle le manquait ; comment ferait-elle ?
Que deviendrait-elle ?
Serait-elle prisonnière d’un passé qu’il n’était pas le sien ?
Et que deviendrait sa vie sans elle…
Autant de questions qui lui venaient à l’esprit et restaient sans réponse.
Cette attente amplifiait son anxiété. Que devait-elle faire ; attendre que sa bonne étoile intervienne ou bien provoquer le destin ?
Sa bonne étoile, elle n’y croyait guère, jusqu’à présent elle s’était toujours faite discrète… Quant au destin, elle avait plutôt l’impression qu’il l’avait oublié et qu’elle subissait ses frasques.
Elle regarda tout autour d’elle, la vie poursuivait sont cours : les voyageurs déambulant sur le quai, les cheminots faisant des allers et venues entre la gare et les entrepôts, les conducteurs de chariots chargeant leur cargaison, telle une fourmilière en pleine activité. Personne ne portait attention à son arrestation, à sa présence et à celle des soldats en ces lieux. On la voyait sans vouloir la voir… Mais un homme semblait l’observer. Il venait tout juste d’arriver et s’était immobilisé comme pour chercher quelqu’un. Quelques secondes après, une femme le rejoignit.
Aleksandra les reconnu, il s’agissait des parents de Mikolaj dont elle avait vu leur photo dans le médaillon. Que venaient-ils faire ici ?
Etaient-ils venu pour vérifier que leur fils était bien parti ?
S’assurer que tout se passait comme prévu ?
Qu’allaient-ils faire en la voyant ainsi entre les mains des soldats allemands ?
Tenteraient-ils de lui venir en aide mettant en péril leur propre vie ?
Aleksandra appréhendait leur réaction. Quoiqu’il lui arrive, ils ne devaient pas intervenir. Elle détourna sa tête en espérant qu’ils n’aient pas eu le temps de la reconnaître et réfléchit afin de trouver une solution. Vite, elle devait agir vite, très vite. Pour surprendre les allemands et surtout ne pas laisser le temps à Anna et Wojciech d’agir, elle devait tenter le tout pour le tout. Mais au moment même où s’apprêtait à s’enfuir, obligeant ainsi les soldats à la rattraper, le chef revint avec ses papiers.
- Vous pouvez partir, mademoiselle Ryszkierska, tout est en règle. Lui dit-il en lui rendant sa carte d’identité. Vous avez la chance d’avoir un père bien placé… Ajouta-t-il d’un ton méprisant. Cela ne durera pas !
Aleksandra récupéra ses papiers et s’éloigna sans plus attendre. Il lui restait encore un peu de temps avant que son train n’arrive et elle décida d’aller prendre quelque chose de chaud à l’extérieur de gare, dans un café s’il y en avait un, afin de remettre de toutes ces émotions. Elle passa tout près des parents de Mikolaj et leur murmura rapidement :
- Il est parti, tout va bien ! Partez !
Sans s’arrêter, sans s’attarder, sans les regarder pour n’éveiller aucun soupçon. De leur côté les parents de Mikolaj firent mine de chercher leur direction, partant à l’opposé d’Aleksandra.