~° Rien n’est impossible - 12 °~
Aleksandra attrapa la main de Mikolaj et tous les deux partir en direction de la gare. Mikolaj connaissait bien le chemin, il l’avait souvent emprunté avec sa mère par le passé pour rendre visite à sa grand-mère habitant le centre de Varsovie. La gare n’était qu’à deux kilomètres, mais ils furent ralentis par le vent froid et sec qui soufflait fortement et piquait leur visage. Par chance, ils ne rencontrèrent aucunes patrouilles de contrôle ; une femme et un enfant n’avaient rien de suspect, surtout en pleine journée.
- Regarde Aleksandra , on est arrivé, elle est là !
Les battements de son cœur s’accélèrent. Dans quelques instants, Alexandra allait affronté des personnes de l’univers dans lequel elle était plongée depuis bientôt vingt-quatre heures, un monde inconnu, un monde révolu, un monde du passé, peut-être un monde de son passé…
Rose, devenue Aleksandra en Pologne à l’aube de cette guerre atroce, n’était pas sans avoir qu’elle avait des origines polonaises. Que parmi ses gênes, son sang, c’était l’un de ces hommes du passé qui les lui avait apportés, qui en était le créateur.
Enfin, ils pénétrèrent dans la gare et se dirigèrent à l’extérieur, vers les quais, afin de trouver Aleksy, le contrôleur du train. Ils n’eurent pas besoin de le chercher bien longtemps. L’homme à la moustache et à la cicatrice sur la joue gauche, était devant le train entré en gare quelques minutes plus tôt ? Il semblait les attendre. Certainement, avait-il été prévenu lui aussi.
De façon anodine, Aleksandra et Mikolaj s’approchèrent de l’homme.
- S’il vous plait, monsieur… S’écria-t-elle après avoir levé la main pour lui signaler sa présence et lui indiquer qu’il devait s’approcher d’elle pour la renseigner.
- Oui madame…
- Pouvez-vous m’aider ? Je cherche... Puis une fois suffisamment proche de lui, sans pour autant être entendu par qui que ce soit, elle lui chuchota « A la vie à la mort »…
- « Elle seule nous séparera. »
- Vous êtes Aleksy…
- Chut… Il ne faudrait pas éveiller de soupçons en parlant trop longtemps ensemble… Faites tomber votre sac, je glisserai à l’intérieur vos billets en le ramassant ; ensuite, vous les récupérez et me les tendrez.
Aleksandra exécuta à la lettre les directives d’Aleksy ; comme prévu, il composta les billets avant de les lui rendre. Volontairement, il fit tomber l’un des billets afin de le ramasser et d’y joindre un petit mot sur lequel, les indications sur la suite du voyage figuraient.
- Bon voyage madame. Vous pouvez monter, le départ est dans 5 minutes.
Aleksandra et Mikolaj s’installèrent dans le premier wagon du train. Celui-ci était vide. Aleksandra ne savait pas si elle devait s’en réjouir ou bien s’en inquiéter. Ils s’assirent en silence l’un à côte de l’autre. L’attente du départ leur semblait interminable, d’autant qu’aucun voyageur n’entrait. N’ayant pas regardé sa montre après avoir quitté le contrôleur, elle ne savait pas combien de temps il restait avant le départ. Une, deux minutes tout au plus… A condition qu’il n’y ait pas de retard… Rien ne pouvait le garantir en ces temps incertains. Finalement, un voyageur, puis deux, puis d’autres montèrent les uns derrière les autres, ce qui fit que le wagon s’en trouva au trois quart rempli.
Le coup de sifflet annonçant le départ retentit. Le train commença à bouger, ballotant les voyageurs de gauche à droite. Il avança lentement accompagné de bruis de frottements et de grincements, puis pris peu à peu de la vitesse.
Enfin, nous voila partir. Prions pour que tout se passe bien, comme prévu, pensa-t-elle.
Des discussions débutèrent à gauche et à droite rompant ainsi le silence de pierre qui s’était installé. Même Mikolaj sortit de son mutisme.
- Cà fait longtemps que tu n’as pas vu ma maman ?
- Oh oui ! Ca doit bien faire trois ans, voir même quatre…
- J’ai une photo d’elle et de mon père, tu veux les voir ?
- Avec grand plaisir.
Mikolaj passa sa main sous son pull pour en ressortir un médaillon rond et doré.
- Mais… s’exclama Aleksandra , c’est mon médaillon…
- Quoi ?
- Non, rien rien… Discrètement, Aleksandra rechercha sa chaîne en passant sa main dans le cou, mais ne le trouva pas. Je peux le regarder ? Lui demanda-t-elle d’un ton légèrement suspicieux.
Mikolaj s’étonna mais accepta. Elle prit le médaillon du jeune garçon dans sa main et l’examina de plus près. Elle le retourna, il était gravé des lettres « A » et « W », comme sur le sien. Elle glissa un ongle dans la fente pour l’ouvrir… il y avait deux photos, celle d’une femme à gauche et d’un homme à droite, mais ce n’étaient pas celles de ses parents.
- C’est ma mère et mon père.
- Anna et Wojciech… A et W sont les initiales des prénoms de tes parents…
A cet instant, Aleksandra compris la raison de sa venue dans ce monde. Ce médaillon était la clé de son énigme, le lien qui la reliait à ce petit garçon qui se trouvait à ses côtés. Elle connaissait aussi l’histoire de ce médaillon, elle l’avait entendue dans son enfance, racontée par sa propre mère.