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Devant moi... Au fil du temps
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18 avril 2007

Le souvenir de ce jour

L’après-midi a été étouffante ; ce temps est assez inhabituel en cette saison, même ici dans ce pays. Moi qui voyage en solitaire depuis que mon histoire s’est brusquement terminée, je me retrouve seule, ici… Je me suis enfermée dans ma chambre climatisée, zappant d’une émission à une autre sans les comprendre, m’endormant puis refaisant surface l’instant d’après…
Je voulais changer d’air, voir d’autres visages, d’autres paysages, oublier mon quotidien qui m’aurait probablement ou malencontreusement gâché mes vacances. Ces vacances improvisées à la hâte, sans lui. Partir, partir loin, très loin, loin de tout, de lui, des autres… Surtout de lui.
Comment a-t-il pu me traiter ainsi ?
Qu’importe maintenant ! C’est fini, bien finit, je ne reviendrai plus jamais…
Arrête d’y penser !
Tu ne vas pas te prendre la tête à cause de lui, broyer du noir des jours durant une nouvelle fois ! Tu l’aimes encore un peu, certainement, au plus profond de ton cœur… Mais tu sais aussi que ce qu’il t’a fait n’est qu’une facette de lui que tu ne connaissais pas. Un cap qu’il n’avait pas encore franchi avec toi. Tu en as été sa victime… & comme pour un chien, une fois qu’il a mordu, il recommencera, il te remordra, te fera du mal… Tu as eu raison de partir…
Oui, j’ai eu raison de partir, je le sais.
Je regarde l’heure ; dix huit heures. La chaleur a dû s'atténuer maintenant, je vais aller faire un petit tour, voir quelques unes des beautés naturelles de ce pays. Le dépliant garantissait un dépaysement total. Je vais aller voir…
Pour bien me réveiller et quitter cette désagréable sensation de moiteur, je prends une douche. Rapidement j’enfile un maillot de bain, un dos nu et short. Je descends les escaliers pour arriver à la réception. Le jeune réceptionniste me fait un grand sourire, comme à chaque fois qu’il me voit mais sans jamais oser me parler en dehors des formules de politesse apprises dans son école hôtelière. Je le salue en lui adressant un « A tout à l’heure ! », auquel il me répond par un « Bien mademoiselle » en rougissant.
Je récupère ma voiture de location au parking de l’hôtel. Munit de ma carte et de mon dépliant, je sillonne la côte surplombant la mer. Ils avaient raison, le paysage est splendide… Tiens, il me semble qu’ils annonçaient une cascade dans le coin ; j’irai bien y tremper les pieds pour me rafraîchir un peu. Cà ne doit plus être bien loin.
Au bout d’un petit quart d’heure, je trouve finalement le lieu annoncé. J’arrête ma voiture sur le bas côté et m’engage dans un petit chemin tortueux, en pente douce. Plus j’avance et plus je m’enfonce dans la forêt et sa fraîcheur. Le calme est surprenant ; pas un bruit venant de la route ou du lieu où je me trouve, pas de chants d’oiseaux ou d’autres insectes. Rien, juste le silence. Il me ferait presque peur. Heureusement le chemin est bien tracé, je ne risque pas de me perdre. Peu à peu, un léger bruit d’eau vient interrompre ce silence pesant. J’avance encore et le bruit de la cascade annoncée se fait plus distinct. Je ne la vois pas encore mais je sais qu’elle est proche. Ca y est, l’eau est devant moi. Je tourne ma tête sur la droite…
Brusquement, sous l’effet de la surprise, je sursaute et recule d’un pas afin de ne pas être vue. La cascade est bien là mais je ne suis pas seule. Je n’ose pas me montrer. Je ne souhaite pas troubler la tranquillité d’un homme se baignant cette eau limpide, seul lui aussi… Il nage tout près de la chute dont le bruit est assez assourdissant. J’en profite pour m’avancer afin de mieux l’observer, jouer de la situation. Je ne vois que son dos, ses bras musclés… Si seulement, il pouvait sortir de l’eau…
Je l’épie, j’examine ses moindres gestes ; cette situation m’existe et éveille en moi des sensations jusqu’à lors inconnues. Je deviens voyeuse. Je perçois certainement mêmes les troubles que ces hommes qui passent leur temps à observer des femmes au travers de jumelles, et que je qualifie de pervers et de dérangés !
Il se lève, il se trouve sous la chute d’eau… Il se retourne, il est presque face à moi… Je m’avance encore un peu, je voudrai pouvoir mieux le voir, le découvrir encore un peu plus… le toucher, presque pouvoir le caresser mais seulement du regard, sans être vue. Il se laisse aller en arrière, il apprécie le massage de l’eau sur sa nuque, son dos, puis son torse…
J’avance encore un peu plus, je suis attirée par une inexplicable envie de m’approcher toujours et encore un peu plus, en oubliant la prudence, en risquant d’être découverte… Mon audace me fait marcher sur une branche qui se casse ; l’homme regarde dans ma direction. Nos regards se croisent puis se fixent. Je reste immobile ne sachant plus quoi faire.
Il me sourit puis me parle. Je ne comprends pas les mots qu’il me dit d’un ton doux. Il me fait signe de venir, mais je suis incapable de bouger. Il s’approche de moi, il est à quelques mètres de moi…
Il est beau, son regard est envoûtant, son sourire enjôleur… Je sens le désir envahir mon corps, le besoin de le rejoindre…
« Venez, mademoiselle » me dit-il avec un charmant accent. « L’eau est très agréable »
Je suis comme hypnotisée. Je ne quitte plus son regard et laisse mon corps s’exprimer… Je me déshabille…
Il me tend la main pour m’aider à descendre de la berge. Nos deux corps sont nus. Ils se frôlent, se touchent. J’en frissonne… Nous nous immergeons sous l’eau et nageons ensemble jusqu’à la cascade ; nous nous rapprochons, caressons du bout des doigts, nous enlaçons tendrement… Nos corps se découvrent, se devinent, s’apprivoisent, s’apprécient… Pour s’offrir, s’associer, fusionner, s’abandonner l’un à l’autre des heures durant, sans retenue, jusqu’à l’épuisement.
A la nuit venue, seule la lueur de la lune nous permet de regagner ma voiture.

Il m’embrasse une dernière fois, puis je rentre à l’hôtel. Heureuse, délivrée, redevenue femme, peut-être séductrice…

 

Inspiration, un homme torse nu sous une cascade d'eau...

   
 

~ ° o O o ° ~ 

Mon devoir de vacances de Pâques… Copie blanche ???
Finalement non.

Je n’arrivais pas à me détacher de cette image : il n’y avait qu’elle, je ne voulais qu’elle, obstinément… Mais paradoxalement, tout ce que j’écrivais me semblait insipide, je peinais à exprimer les sensations qu’elle m’inspirait, les idées qui me traversaient l’esprit en la regardant : un moment de détente absolue, de bien être, une envie, une pulsion, un fantasme…

Cette version n'est pas tout à fait à la hauteur de l'émotion produite mais elle s'y rapproche...

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Commentaires
C
eh bien... ce texte se deguste avec plaisir... <br /> :-)
E
Ouche! Torride et talentueuse Cassandrali...
S
Félicitations !<br /> C'est à la fois très chaud et très poétique.<br /> Personnellement je ne comprends pas pourquoi tu le compare à une copie blanche.<br /> <br /> Fabien
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