~° Rien n’est impossible - 11 °~
« A la vie à la mort, elle seule nous séparera ».
Aleksandra répéta cette phrase dans sa tête tout en se remémorant le contenu de la lettre d’Anna :
« Tu dois te douter auquel je fais allusion ? A notre code, ce que l'on s'est promis ce soir d'été, notre serment… »
Cette phrase était le code à utiliser. Aleksandra en était persuadée, comme si elle l’avait toujours su, comme s'il était gravé dans son âme, dans son cœur ; elle ne l’avait jamais oublié, il lui revenait à l'esprit telle une révélation.
- Oui, c'est lui ; c'était notre serment…
- Votre serment ? Lui répondit Mikolaj étonné.
- Je ne peux pas t'en dire davantage Mikolaj, c'est un secret de jeunes filles et je ne pense pas que ta mère serait très contente si je te dévoilais l'un de ses secrets… Plus tard, peut-être t'en parlera-t-elle…
Leur conversation fut interrompue ; quelqu’un venait de frapper à la porte. Aleksandra et Mikolaj se regardèrent surpris. Aleksandra peut-être même plus que son jeune compagnon, puisque jusqu’à cet instant, elle n’avait pas été confrontée au monde extérieur, aux autres hommes et femmes de cette époque.
Malgré son inquiétude, elle s’approcha silencieusement vers la porte. La personne derrière la porte frappa à nouveau… Fallait-il ouvrir ? Aleksandra ne pu s’y résoudre et préféra attendre le départ du trouble fait. N’obtenant aucune réponse de la part des occupants de la maison, le messager glissa une enveloppe sous la porte puis, repartit. Aleksandra se baissa pour la ramasser. Elle lui était destinée ; elle reconnu l’écriture d’Anna.
Ma chère Aleksandra,
Je vais être très rapide car le temps nous est compté. Je sais que tu es avec Mikolaj, je vous ai vu arriver l’un après l’autre hier… Comme je te l’expliquais dans ma dernière lettre, Mikolaj doit partir de ce pays afin d’être définitivement en sécurité, si tant est cela soit possible…
Alors voilà, il te reste peu de temps ; tu dois te rendre à la gare dès que tu auras cette lettre. Arrivée sur place, tu devras t’adresser au contrôleur du train et uniquement à lui, pas à son adjoint. Tu le reconnaîtras facilement, il est moustachu et a une cicatrice sur la joue gauche. C’est un ami d’enfance en qui tu peux avoir entièrement confiance. Il se prénomme Aleksy. Lorsque tu l’auras trouvé, fait mine de lui demander un renseignement et glisse lui dans la conversation, le début de notre serment ; il devra t’en donner la suite mot pour mot. De cette façon, il saura qui tu es et pourra vous prendre en charge, Mikolaj et toi. Garde un œil sur lui, il est la seule personne qui puisse t’aider lors de ce voyage ; il t’en expliquera la suite et ton retour, en cours de route. Le tien s’arrêtera à la troisième gare et se poursuivra pour Mikolaj. Je place tous mes espoirs en toi, pour lui faire comprendre qu’il est indispensable qu’il aille jusqu’au bout cette fois-ci.
Je t’ai tout dit. Ne tarde pas car le train partira à 14h30.
Dis à Mikolaj que je l’aime très fort, que je l’embrasse et qu’il doit absolument t’écouter. Dis lui aussi, que son frère et sa sœur sont arrivés à destination et que dans les jours prochains, ils pourront s’écrire.
Sache que je te serai éternellement reconnaissante de l’aide que tu as bien voulue nous apporter en acceptant de t’occuper de notre fils.
Je t’embrasse bien fort ma très chère Sacha.
Anna
- Qu’est-ce que c’est ? Demanda Mikolaj.
- Un message de la mère. Elle nous donne la procédure à suivre pour quitter cette ville et te permettre de partir quelques temps à l’abris. Allez, allez ! Il faut se dépêcher, le train part à 14h30. On a plus de temps à perdre. Prends quelques affaires…
- Je reprends le sac d’hier ?
- Oui, ta maman avait dû prévoir le nécessaire. Je vais emporter quelques provisions pour le voyage.
- Qu’est-ce maman dit d’autre ?
- On a vraiment peu de temps Mikolaj, on en reparlera en route…
- D’accord, répondit-il déçut en filant dans sa chambre.
Aleksandra alla dans la cuisine ; elle prépara quelques tartines avec du lard et d’autres avec la confiture de prunes. Elle emballa le tout dans un torchon qu’elle enfourna dans une gibecière en cuir trouvée dans un placard de l’entrée. Elle se dépêcha de passer sur elle les vêtements rangés dans l’armoire de la chambre d’Anna, de récupérer le sac à main resté sur le lit et son manteau.
- Mikolaj, tu es prêt ?
- J’arrive…
- Dépêche toi, il ne faut surtout pas rater le train !
Mikolaj accouru dans l’entrée de la maison en enfilant son manteau d’une main et en tenant son baluchon de l’autre.
- Allez, en route jeune homme ! Et cette fois-ci, il ne faudra pas revenir… Tu es bien d’accord ? Ta mère ne pourra plus rien faire pour t’aider ensuite, Mikolaj, et moi non plus.
Ils sortirent de la maison. Aleksandra referma la porte à clef et la mit dans son sac. Comme elle ne connaissait pas du tout la ville où elle se trouvait, et encore moins la direction de la gare, elle demanda à Mikolaj de la diriger.
- Tu me donnes la main… Tiens, c’est toi oui va nous conduire jusqu’à la gare, parce que, tu sais, cela fait très longtemps que je ne suis pas venue… Hier, j’ai du demander mon chemin à plusieurs reprises.