10 mai 2008
Loin de vous
Mon tendre ami,
Je ne peux me résigner à vous appeler autrement malgré tout ce que je viens d’apprendre sur vous. Vous restez pour moi mon tendre amour et, au plus profond de mon cœur, vous le resterez pour toujours.
Je vous ai écrit des dizaines de lettres depuis ce premier jour de mai où nous nous sommes rencontrés, où nous nous sommes tendrement aimés. Deux âmes si pures qui s’étaient trouvées par le fait du hasard ou du destin…
Des semaines sans nouvelles de vous. Quelles m’ont paru longues ces journée sans vous, une éternité.
Je vous ai écrit tant de lettres…
J’avais besoin de vous voir, de vous entendre, de vous toucher… De vous dire…
J’avais si besoin de vous…
J’attendais un signe de vous, savoir, connaître vos sentiments pour moi…
Mais toutes ces lettres sont restées sans réponse.
Privée de vos nouvelles, j’ai longtemps supposé que je n’avais été pour vous qu’une de ces filles de passage, une parmi tant d’autres alors même que vos sentiments m’avaient paru si sincères… Cela ne vous ressemblait pas, mais je n’étais qu’une jeune ingénue, naïve, que vous auriez pu facilement tromper afin de vous jouer de moi & obtenir mes bonnes grâces, mes faveurs…
J’ai pensé un temps, abandonner cette correspondance à sens unique, me faire à l’idée que vous ne m’étiez pas destiné, que nos chemins s’étaient croisés mais que notre route ne se devait pas d’être parcourue plus loin ensemble. Tant de choses nous séparaient, nos vies, nos familles, nos mondes… Tous étaient si différents, rien ne pouvait les unir à moins d’y renoncer, à moins de tout abandonner.
En auriez-vous eu la force ou l’audace ? Notre amour aurait-il été suffisamment intense pour affronter la vague déferlante de la colère de votre père que vous craigniez tant, et accepter de redémarrer votre vie sans plus rien, sans toit, sans travail, sans argent ?
Autant de questions restées sans réponse.
Le destin a fait que je devais absolument vous revoir et vous dire que ma vie, maintenant, se trouvait bouleversée et ne serait jamais plus la même… Avec ou sans vous, tout sera différent, que réellement une nouvelle vie commençait pour moi, que vous soyez auprès de moi ou pas, que je ne serai plus jamais seule à présent…
Une âme en moi grandissait au fil des jours, le doux et amer fruit défendu de notre impétueuse passion.
C’est pour vous en faire part que je suis montée sur Paris, pour tenter de vous voir à votre université et vous confier ce secret, qui ne le resterait plus encore bien longtemps. Par chance, j’ai rencontré votre ami Paul qui m’a appris les raisons de votre silence. Ce mariage décidé à votre insu par votre père…
Tout s’est brusquement brouillé autour de moi, chancelait. J’ai cru mourir sur place en apprenant cette effroyable vérité. Devant votre ami inquiet, je n’ai pu retenir mes larmes. Confuse, affligée, je me suis enfuie, courant dans les rues étroites jusqu’à en perdre haleine. À bout de force, sans plus d’envie de poursuivre davantage ma course éperdue, devenue comme un chemin de vie sans plus d’étoile dans le ciel, je me suis laissée tomber à terre et j’ai perdu connaissance.
J’ai repris conscience dans la chambre blanche d’un hôpital à l’atmosphère glacial. Des jours durant, j’ai été plongée dans un profond désarroi. Les pensées les plus noires envahissaient mon esprit, allant jusqu’à songer à mettre fin à mes jours… Mais ce petit être en moi m’a redonné le courage qui me manquait ; il était une partie de vous qui ne pourrait jamais m’être enlevé. Peu à peu, j’ai repris des forces et le goût de vivre, de me battre pour lui m'est revenu.
Cette lettre sera la dernière. Contrairement à ce qu’il avait été convenu avec vous, je vous l’adresse chez vous afin d’être sûre que vous puissiez la recevoir et la lire, car vous devez connaître la vérité, vous devez savoir que de vous j’attends un enfant.
Je sais que mon avenir ne sera pas aussi serein qu’il aurait pu l’être, qu’il sera fait d’incertains, de doutes et sombres jours, mais je sais aussi qu’il sera fait de sourires, d’allégresses, d’intenses moments bonheurs qui réchaufferont mon cœur esseulé et meurtri.
Certains soirs, caressant mon ventre qui s’arrondit, quand l’un de ses petits pieds effleure ma main, j’ose penser à vous, à la joie que vous auriez eue si vous aviez été là. Je m’endors à vos côtés sans plus espérer que vous puissiez vous réveiller un matin avec pour seule idée en tête, que celle de nous retrouver tous les deux, qui vous anime ; le désir de vous battre pour nous qui coulerait en vos veines et vous ferait venir jusqu'à nous…
Ces pensées s’envolent très rapidement car je sais que je n’attends rien de vous ; je sais qu’elles ne sont que des songes enfouis dans les tréfonds de mon âme qui surgissent quelques fois pour mieux disparaître l’instant d’après. Elles sont mon passé alors que mon présent aujourd’hui, se conjugue et se conjuguera dorénavant, loin de vous.
Mieux vaut tard que jamais…
Je n'avais jamais écrit la suite à la consigne d'écrire "Prenez soin de vous" que jamais lancé l'an passé sur mon blog. A l'initiative d'Enriqueta, la première partie de cette consigne à été ré-éditée sur le ßlog des Equipières, ce qui m'a donné envie d'écrire, enfin, la seconde partie, qui ne sera peut-être pas la dernière…
Commentaires
Très joli texte, j'oserais dire comme d'habitude.
Tiens au fait je t'ai tagguée !
http://sacados.blogs.psychologies.com/sac_a_dos_ou_comment_on_p/2008/05/7-choses-qui-me.html
Bravo! Devinerais-je ce qui trotte dans ta tête? L'avenir me le dira.
Superbe texte d'amour, de souffrance et de dignité.
Cette héroïne est une sainte :-))
Est-ce que cela existe vraiment, dans notre monde? De moins en moins, heureusement :-)
J'ai pris beaucoup de plaisir à lire cette réponse à la lettre que j'avais lue l'autre jour.
biz
mganifique, émouvant, prenant... Je ne sais pas si j'aurais pu comme elle réagir comme celà! Bises à toi
Une très belle lettre encore empreinte de beaucoup d'amour et de douceurs pour un homme qui ne le mérité probablement pas, dans une atmosphère dévlicieusement surannée. Merci ;-)
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