Devant moi... Au fil du temps

Des petits riens, des instants de vie, des joie, de peines… & le plaisir d'écrire...

05 mai 2008

Album, souvenirs d'une vie

Il est tard. Je regarde à la fenêtre toutes ces lumières éclairer l’obscurité. Elles scintillent comme des lucioles dans la nuit noire d’un soir d’été, tantôt orangées, tantôt bleutées ; elles sont les petites touches de chaleurs dans cet horizon sombre et froid, elles sont des fenêtres de vie, des fenêtres sur la vie. Derrière elles, il y a des bonheurs, des peines, des sourires, des pleurs, des cris, des rires, des instantanés pris sur le vif d’un quotidien routinier… Des discussions animées, des partages, des mots, doux échangés au creux d’une oreille, des baisés, de la tendresse, des disputes, des colères, des gifles, des coups… Il y a la vie, tout simplement avec son lot de désespoir et d’espoir…

Il est tard, mais je ne me résigne pas à aller me coucher. Demain matin, lorsque le réveil viendra me tirer de mon sommeil, tout la fatigue cumulée m’attirera au fond du lit, ou bien, dans un sursaut  me lèvera pour mieux s’abattre sur moi quelques heures plus tard.

Je le sais, c’est ainsi depuis si longtemps…

Je tourne en rond dans cette pièce si vide, impatiente, presque inquiète. J’attends, je surveille, je scrute cachée derrière les persiennes ton retour, ton improbable retour… & qui pourtant, saurait si bien m’apaiser.

À quoi bon…

Je dirige mon regard vers la pendule du salon disposée sur la cheminée au milieu de tant d’autres bibelots rapportés de nos voyages, laissés là, comme avant, comme si rien n’avait changé, comme si rien ne s’était passé. Le temps s’est comme arrêté autour de moi, pourtant le tic-tac assourdissant de cette pendule trouble encore le silence, ses aiguilles poursuivent leurs rondes interminables sur le cadran, inlassablement… Preuve que le temps continue sa course folle.

Une heure moins le quart, il est vraiment tard…

Je laisse échapper de mon corps alangui, un long soupir, mélange de fatigue, de lassitude et de tristesse. Je repense à tous ces souvenirs, ces bouts de toi, ces bouts de moi, ces bouts de nous, notre histoire déjà notre passé… Ma vie trop éloignée de toi…

Pourtant, il n’est pas si loin ce temps où nous flirtions tous les deux, à l’ombre du vieux saule pleureur près de l’étang.

« Te souviens-tu de ces matins câlins
Aux odeurs envoûtantes de jasmin
Où unis mains dans la main
Au fond d’un vaste jardin
Nous nous tissions sans fin
Un avenir peint d’instants sereins »

Je ne me rappelle plus la suite de ce poème que tu m’avais écrit, cadeau offert pour célébrer notre premier anniversaire. C’était à l’endroit où nous nous étions rencontrés, un petit coin dans la nature.

Moi, jeune demoiselle égarée dans ses songes, solitaire, timide et un peu renfermée. J’appréciai cet endroit pour son calme, son côté sauvage et pittoresque qui me faisait voyager alors que les touristes, même à la belle saison, le délaissaient. J’y passais des heures, m’évadant dans la lecture, rêvant en regardant le ciel tout en imaginant mon avenir.

Toi, c’était le hasard qui t’y avait conduit. Tu terminais tes études d’architecte dans une université sur Paris et tu passais quelques semaines chez ton père divorcé, avant de descendre sur la côte méditerranéenne, rejoindre ta mère et ton frère.

Nos routes se sont croisées. Tu cherchais ton chemin, j’étais allongée dans l’herbe entrain de lire « Les fleurs du mal » de Baudelaire, ton poète préféré… Derrière tes discours très cartésiens et ta carapace de futur bâtisseur de tours de verre immenses et glaciales, se cachait un grand romantique, passionné de littérature, de poésie et… de papillons.

Cela m’avait fait rire lorsque tu me l’avais avoué. Tu les collectionnais depuis tout petit. Tu les capturais, les enfermais pour les priver d’air jusqu’à leur dernier souffle. Je trouvais cela vicieux. Pourquoi ne pas laisser vivre ces petites bestioles, ces fleurs aux couleurs multiples virevoltantes dans le ciel à la belle saison ! Mais, tu étais aussi artiste, peintre à ses heures perdues, habillant et animant ses toiles de ces petites bêtes inertes, leur donnant ainsi un nouveau volume, une autre dimension, une seconde vie.

« Tiens c’est pour toi. Ainsi, à chaque fois que tu apercevras un papillon, tu penseras à moi… »

Nous ne nous sommes plus jamais quittés. Je suis venue te rejoindre sur Paris, dans ton studio du premier arrondissement, une chambre de bonne sous les toits, c’était notre nid douillet. Cette période a été difficile à vivre pour moi dans les premiers temps, loin de ma famille, loin de mes amis. Dans cette ville inhumaine où tout le monde se croise et s’ignore, où tout le monde avance droit devant soi sans prendre le temps de s’arrêter un instant, où tout le monde court après tout et n’importe quoi, ignorant les plus faibles parfois même les piétinant, volontairement ou involontairement. Je n’avais pas de travail, juste des petits jobs à gauche à droite pour nous permettre de vivre décemment, mais tout cela n’avait aucune importance car je t’avais près de moi… Pour la vie.

Nous nous sommes dit « Oui » un après-midi de juin, seulement un an après notre rencontre. Nos parents étaient réticents et nous prenaient pour des fous.

« Pourquoi vous vous mariez ? Vous êtes jeunes, profitez donc de la vie avant ! »

Ils nous ont offert un très beau mariage. L’église de mon enfance, celle de mon baptème, de ma première communion, me redécouvrait des années passées, devenue femme.

« Tu es splendide ma petite Lili chérie, quel beau mariage… » M’avait murmuré ma grand-mère, les yeux remplis de larmes tant l’émotion était intense pour elle.

« J’espère être encore là pour voir tes enfants. » Avait-elle ajouté.

Pauvre Mamidou, ses rêves d’enfants courant dans le jardin, chahutant sous le jet d’eau les après-midi d’été, criant, chantant du soir au matin comme nous le faisions avec ma sœur et mon frère, se sont envolés depuis. À quatre-vingt-sept ans, Mamydou tient la forme, mais la vie saura-t-elle la préserver encore bien longtemps pour lui offrir des petits enfants maintenant…

Je repense à ce voyage fait en Orient avec toi, dans ce pays mystérieux, inspiration à de magnifiques contes comme devait l’être notre histoire. C’était notre voyage de noce, nos premières vraies vacances ensemble, dans ce pays des milles et une nuit, aux parfums de thé à la menthe, de miel, de senteurs épicées et sucrées, de chants, de danses orientales enchanteresques et hypnotisantes nous emportant dans des tourbillons de voluptuosité, de sensualité et d’extases absolues comme nos étreintes passionnées. Nous étions si bien là-bas, loin de tout, loin de tous, heureux.

Il aurait peut-être mieux valu la frotter cette lampe à huile trouvée dans l’arrière-boutique d’un souk. En faire sortir le gentil génie s’y trouvant prisonnier depuis des centaines d’années, le laisser nous demander nos trois vœux et les lui dire…

Notre avenir en aurait-il été différent ?

Nous n’avons pas voulu, à cet instant, jouer avec le sort mais si celui-ci s’est bien joué de nous quelques années après.

Mes rêves de lointains voyages à bord d’un grand voilier aux ailes blanches déployées sur l’océan d’une vie teintée aux couleurs de la sérénité et de la plénitude…

Mes rêves d’avenir esquissé à tes côtés où chaque pas, chaque étape ne seraient qu’une marche gravie en toute quiétude comme l’ascension des marches du phare de mon enfance situé à l’extrême pointe du rivage, tout proche de la demeure familiale, et qui nous aurait menée en son sommet, apothéose de notre existence…

Tous ces rêves ne sont plus que des songes en transparence dans ma mémoire exténuée, esclave de ses pensées, bousculée par l’effervescence de tant de questions restées sans réponse, d’images estompant peu à peu.

Je ferme les yeux et je te revois. Tu es là près de moi. Je devine ton regard pétillant d’envie, ton sourire cajoleur, tes lèvres de velours, leur douceur, l’onctuosité de ta langue se mêlant à ta mienne excitant par là même nos papilles et notre appétit de goûter à la délicatesse de tant plaisirs. Je sens la chaleur de ton souffle sur moi venir me caresser comme une brise de baisers offerte à mon visage… Puis tu t’évanouis brusquement. Ton absence revient m’envahir, me torturer.

De toi, il ne me reste plus qu’un masque brisé, fracassé par le destin. Réalité de ma vie fait du gris de la solitude qui,  au fil des jours, se fusionne en mon épiderme et anime mon visage de la tristesse qui est de devoir vivre sans toi, maintenant.

 

C'était mon défi inspiré par les Devoirs de Vacances de Printemps, chez Les Equipières.

Posté par Cassandrali à 13:23 - Prête Moi ta Plume... pour Ecrire un mOt - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Superbe, j'ai été scotché jusqu'au bout.
Par contre où est il ? Est il mort ? Est il parti de son plein gré ?

Posté par sacados, 05 mai 2008 à 22:46

Vraiment beau et prenant !!! Très belle déclaration d'a mour à postériori. Et lui où es-t'il maintenant ? Bises à toi

Posté par viesecrete, 06 mai 2008 à 06:59

Les histoires d'amour finissent mal en général...
Cet adage s'applique aussi ici & la fureur de la vie furieuse de voir tant d'amour entre ces deux êtres, a emporté à tout jamais le beau prince charmant de la petite Lili.

Posté par Cassandrali, 06 mai 2008 à 13:56

Etrange impression d'y lire des choses de moi... C'est un joli texte.

Posté par captainelili, 06 mai 2008 à 21:03

C'est vraiment splendide! Cette nostalgie qui rythme toutes les images et ce mystère...qu'est-il devenu? Que s'est-il passé? Alors je crie: "la suite! la suite!".

Posté par enriqueta, 07 mai 2008 à 16:56

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