01 mars 2008
Le ßlog maudit ~ Episode 2
J’ai eu beaucoup de mal à m’endormir, mon esprit était tourmenté et s’interrogeait sur la signification des images vues, du texte prononcé. J’essayais de me rappeler des mots qu’ils avaient dits et que mon cerveau avait probablement enregistré… Exténuée, je me suis endormie profondément.
Au petit matin, j’ai entendu la clé tourner dans la serrure de la porte de l’appartement ; c’était mon époux qui rentrait de sa garde. Il est venu se coucher à côté de moi. C’était plutôt surprenant car, la plupart du temps, il préférait s’allonger sur le canapé afin de ne pas me réveiller.
Vers neuf heures, les enfants sont venus dans la chambre nous réveiller, mais leur comportement était inhabituel ; ils ont juste réveillé mon époux, me laissant seule au lit.
Quelques minutes plus tard, je me suis levée afin de les rejoindre dans le séjour. Ils avaient déjà commencé à déjeuner. Ils ne m’avaient pas attendue… Ils n’avaient même pas fait attention à mon arrivée. Mon bonjour était resté sans réponse… Mes bisous sans retour… Mon époux n’avait même pas daigné me regarder…
Qu’avais-je fait pour être ignorée de la sorte ?
Une dispute avait-elle eu lieu la veille ?
Non, non, j’en étais sûre, nous ne nous sommes pas fâchés, pas un mot plus fort que l’autre lors de notre conversation téléphonique… Quand bien même, lors des bouderies précédentes, on se disait bonjour malgré tout, un bonjour glacial, mais on ne s’ignorait pas de la sorte…
À table, rien n’était mis pour moi, pas de tasse à café, pas de verre de jus d’orange, ni d’assiette pour les toasts…
Je me suis assise à ma place et j’ai commencé à m’adresser à mon époux, à ma fille, à mon fils… Mais toujours rien, aucune réponse, c’était l’indifférence totale. Comme si je n’étais pas là, comme si j’étais absente, partie ailleurs…
J’ai secoué alors le bras de mon mari, j’ai tenté de le toucher, mais il ne sentait rien. J’aurai bien pu le frapper, le gifler ou le mordre qu’il n’aurait rien senti. J’évoluais dans le vide, à côté de lui, à côté d’eux… Inexistante, je ne faisais plus partie de leur vie…
Etais-je morte ?
Non, ce n’était pas possible !!!
J’étais là hier ! Tout allait bien, j’étais en pleine forme ! On avait ri, joué tous ensemble… On était heureux… J’étais bien vivante avec eux… Je n’étais pas à côté d’eux…
Comme… Comme dans un monde parallèle…
« Parallèle… Univers parallèle… »
Ces mots résonnaient dans ma tête, je ne cessais d’y penser. Je les avais entendus peu de temps avant… Je restais prostrée, assise sur la chaise devant la table du séjour, qui entre temps avait été débarrassée par mes enfants. Je les entendais faire la vaisselle dans la cuisine, tandis que mon époux était parti dans la salle de bain.
« Univers parallèle… Sauve ton âme… Univers parallèle des esprits volés… Esprits volés… »
Les mots me revenaient, peu à peu, s’assemblaient pour former une phrase qui fit comme un déclic dans ma tête lorsque chaque mot fut remis dans le bon ordre :
« Sauve ton âme, tant qu’elle n’erre pas à l’infini, dans les univers parallèles des esprits volés. »
C’était ça ce qu’ils disaient, hier, tous ces gens…
Oh non… Non, ce n’est pas possible !!! Je ne suis pas devenue une âme errante ?
Non… Ce n’est que dans les films que l’on voit ça !
Mais la couleur grisâtre de tout mon être qui se reflétait dans le miroir en face de moi, ne faisait que confirmer ce qui c’était passé.
Accoudée sur la table, la tête posée entre mes mains, je m’effondrais en larmes… Totalement désespérée… Ils avaient cherché à me mettre en garde hier, & pauvre de moi, je n’avais pas compris ce qu’ils me disaient.
L’appartement s’était vidé. Je n’avais plus la notion du temps, du jour et de la nuit. Peut-être que le temps s’écoulant, je sombrerai de plus en plus vite vers le monde du néant. Peut-être que dans quels temps, par un phénomène quelconque et inexplicable, je me retrouverais parmi les personnages découvert la veille, sur ce blog maudit… Celui de la malédiction…
Peut-être n’avais-je plus qu’à attendre, résignée…
Le soleil éblouissait la pièce. À travers la vitre, je sentais ses rayons me caresser & sa chaleur me réchauffer. Sous mes doigts, je percevais encore la douceur du bois de la table, je pouvais encore attraper les objets… Je n’étais pas complètement dématérialisée. J’avais peut-être encore une chance de m’en sortir, de me battre pour retourner dans mon monde, retrouver les miens, refaire partie de leur vie & ne plus être un esprit volés…
Il devait y avoir une solution pour contrecarrer la réalisation de la malédiction, j’en étais persuadée.
« Sauve ton âme, tant qu’elle… »
C’était un avertissement !
Si je ne faisais rien, je devenais une âme errante, si s’agissais, je me libérais. Je devais trouver la faille…